En Suisse aussi les premiers fonds de hedge funds s'adressaient à une clientèle de riches particuliers. Il s'agissait alors de produits «offshore», non enregistrés sur le marché domestique. Mais depuis 1995, la loi sur les fonds de placement autorise la vente de tels fonds. Lancé par la Banque Julius Bär en 1996, le premier fonds de hedge funds distribué publiquement en Suisse, Creinvest, l'a pourtant été sous la forme d'une société d'investissement cotée en Bourse, à l'intention d'une clientèle d'investisseurs institutionnels. Aujourd'hui, les avoirs gérés par les sept sociétés d'investissement helvétiques centrées sur les hedge funds se montent ainsi à quelque 3,3 milliards de francs. Alors que la fortune totale des fonds de hedge funds enregistrés en Suisse s'élève à quelque 9 milliards de francs selon Peter W. Grünblatt, responsable de la division «Investment Products» de la Banque Leu.

Mouvement de concentration

Depuis le lancement en 1998, par la Banque Leu précisément, du premier fonds de hedge funds enregistré comme tel en Suisse, le nombre de fonds dans cette catégorie a en effet explosé pour s'établir actuellement à 77.

Dans le cadre de la rencontre annuelle «hedgefundsworld» de la semaine dernière à Zurich, Peter W. Grünblatt a pourtant déploré sur le marché suisse un excès de produits similaires: «Alors que le hedge fund est un type d'investissement novateur, il y a en Suisse trop de produits faciles à copier et qui n'exigent pas de grandes compétences. Ce qui se répercute sur la performance. Nous devons faire preuve de davantage d'innovation.»

Faut-il dès lors s'attendre à un mouvement de concentration? Peter W. Grünblatt ne le pense pas. En raison précisément de la structure particulière du marché suisse: les fonds de hedge funds – produits générant des marges élevées – y sont surtout développés par les banques pour leur propre clientèle. En l'absence par conséquent d'une architecture ouverte favorisant la compétition.

Ce constat sur le manque d'innovation pourrait être relativisé compte tenu de la taille réduite du segment domestique en regard des produits dit «offshore». «La fortune gérée par les fonds de hedge funds offshore proposés par les établissements financiers helvétiques pourrait s'élever à 100 milliards de dollars» estimait en effet de son côté, dans une contribution publiée voici quelques mois, Antoinette Hunziker-Ebneter, spécialiste de ce secteur auprès de Julius Bär Holding et ancienne directrice de la Bourse suisse.