La situation actuelle nous force à réviser nos fondamentaux en matière d'investissements. Depuis plusieurs semaines, il semble qu'il n'y ait pas de classe d'actifs à même de fournir une performance positive. Les promesses faites de diversification et de réduction de la volatilité n'ont pas résisté à l'épreuve du feu.

Deux raisons principales: de nombreuses stratégies d'investissements reposent sur des outils développés récemment, pour lesquels il n'existait pas de données statistiques suffisantes, ainsi la probabilité d'effectuer une perte fut minimisée (absence de cygne noir); par ailleurs, la création d'Alpha (valeur ajoutée de la gestion) fut bien souvent le résultat d'un Bêta (exposition au marché) «leveragé» par la vente d'options, créant ainsi un effet boule-de-neige.

Néanmoins certaines structures ont surnagé. On trouve parmi celles-ci des structures algorithmiques. Typiquement ,une telle stratégie applique des règles d'investissement strictes sur la base de tendances observées sur un marché donné.

Depuis plusieurs années UBS développe une plateforme multistratégies combinant des stratégies algorithmiques crédit, taux, FX et matières premières. Chaque stratégie se doit d'être simple, transparente, liquide et délivrant des ratios de performance très au-dessus de la moyenne.

Mais la performance est une donnée brute qui est généralement accompagnée de la corrélation du produit avec d'autres classes d'actifs et de son «Sharpe ratio» (mesure du risque).

Chez UBS, nous utilisons plusieurs paramètres supplémentaires, notamment le «Calmar ratio», qui évalue le temps de recouvrement nécessaire après avoir subi une performance négative. Prenons l'exemple de l'UBS CTAN (algorithmique de crédit), il a un Calmar ratio de 0.94, donc ce rapport estime qu'une performance négative sera comblée en environ un an.

Nous déterminons également quelle «skew» a une stratégie. Le «skew» mesure l'asymétrie dans la distribution de la performance. Une stratégie «negative skew» produit une performance supérieure à la moyenne mais subit occasionnellement de larges pertes (c'est le modèle économique des compagnies d'assurances: elles touchent de nombreuses primes mais, périodiquement, subissent un sinistre). A l'inverse, une stratégie «positive skew» produira un résultat moyen plus faible mais offre de la protection en cas de mouvement extrême. Graphiquement, nous avons représenté ci-dessous la distribution normale ainsi qu'une distribution positive et négative.

Chez UBS, après de premiers succès sur des stratégies orphelines, nous utilisons notre plateforme algorithmique pour les combiner entre elles. Avant la crise, nous avons émis un tel produit associant une stratégie dans chaque classe d'actifs à l'exception des actions. Les enseignements sont nombreux. Alors que la stratégie FX développée autour du «carry-trade» sous-performe, les stratégies associées aux taux longs, au crédit et aux matières premières fournissent des résultats honorables. Sur le long terme, nous espérons qu'un tel panier générera un résultat supérieur à un taux sans-risque, décorrélé du marché action.

En étudiant la corrélation entre différentes classes d'actifs, elle est apparue élevée entre l'indice des Fonds de Hedge Funds (HFR) et le marché des actions (S & P 500), avec un résultat de 45% (source UBS, BBG, 1990 -2008). Parallèlement les hedge funds, souvent, vendent de la volatilité et donc sont «negative skew», ce qui explique en partie leurs performances actuelles (voir «Smart strategies for troubled times», Lubomir Schmidt, UBS, oct. 2008).

A l'avenir, l'utilisation de ces outils d'analyses va se démocratiser. Par ailleurs, les stratégies algorithmiques qui arriveront à bon port ayant essuyé cette tempête trouveront leur place dans les portefeuilles.

J'aimerais conclure en ouvrant deux apartés:

Premièrement, les produits structurés pourraient devenir l'outil de choix des investisseurs. En effet, l'action concertée des Etats pour solidifier notre système bancaire renforce la protection du capital des épargnants et, par là même, les produits structurés, qui bénéficient donc, pour les banques concernées, d'une protection accrue du capital. La partie «structurée» est souvent le résultat d'une vente d'options, dont la valeur est fonction de la volatilité. Elle atteint actuellement des niveaux record, et pourtant le volume d'activité ne cesse de diminuer. Un investisseur averti se doit de vendre la volatilité quand elle est haute et l'acheter lorsqu'elle est faible.

Deuxièmement, avec la hausse probable du chômage, les économistes ne craignent pas trop l'inflation, tandis que de nombreux financiers anticipent une augmentation massive des déficits étatiques et donc de celui-ci. Entre professionnels, l'inflation s'achète et se vend comme n'importe quelle matière première, un investisseur peut donc choisir son camp. L'inflation américaine pour les cinq prochaines années se traite, en ce moment, à 2.55% (niveau indicatif). Un investisseur qui anticipe un niveau supérieur peut payer 2.55% par an et recevoir l'inflation réalisée.