Matières premières

«Peu de structures universitaires s’intéressent aux matières premières»

Le président du nouvel Institut de recherches sur les matières premières, Bernard Morard, répond aux critiques. La compétitivité de Genève ou la psychologie des traders pourraient faire l’objet d’études

«Peu de structures universitaires étudient les matières premières»

Etudes Le vice-président de l’institut de recherche sur les matières premières répond aux critiques

La compétitivité de Genève ou la psychologie des traders pourraient faire l’objet d’analyses

Il s’appelle le SRIC. Depuis mi-décembre, Genève accueille un institut de recherche sur les matières premières (Swiss Research Institute on Commodities, ou SRIC). L’ancien doyen de la Faculté des sciences économiques et sociales de l’Université de Genève, Bernard Morard, en est le vice-président. Titulaire de deux doctorats (dont un s’intéressant à la spéculation sur les marchés financiers), il répond aux questions du Temps.

Le Temps: Quel sera le but de votre institut?

Bernard Morard: Il en aura plusieurs. Nos objectifs de base seront la recherche et la formation, via le financement de travaux de thèses ou les études réalisées par nos étudiants en master [Master of Arts in International Trading, Commodity Finance and Shipping, organisé également par l’Université de Genève]. Par ailleurs, nous souhaitons organiser des congrès de recherches sur les matières premières. A part à Singapour ou à Londres, peu de structures universitaires s’intéressent aux matières premières. Nous devrions trouver notre place facilement.

– Quel est votre budget? Et comment vous financez-vous?

– Notre budget de départ oscille autour de 250 000 francs mais nous n’envisageons pas d’en rester à ce stade. Pour l’heure, nous sommes financés par les droits d’inscription aux formations et par les congrès. Nous sommes cinq à travailler à temps plein pour le SRIC, mais je compte bien étoffer le groupe de chercheurs.

– Quel genre d’études va réaliser votre institut?

– Il pourrait y avoir des études sur des thèmes abordés durant la formation (la sécurité informatique dans le trading, les financements à court terme, la psychologie des traders, etc.). Nous observons aussi les tendances, comme le fait que les négociants investissent dans les infrastructures physiques ou l’accentuation des besoins de transparence dans le secteur. Concrètement, nous avons déjà entamé une première étude sur les coûts d’importation et d’exportation du prix du café. Nous réfléchissons aussi aux avantages compétitifs de la place genevoise par rapport à Londres ou Singapour.

– Certains disent justement que la place genevoise perd de son attrait. Est-ce aussi votre avis?

– La position de Genève pourrait en effet devenir délicate si les conditions venaient à se détériorer encore davantage (restriction à l’immigration, franc fort, etc.). La question principale concerne les questions fiscales. Si le cadre venait à changer, cela créerait une grave incertitude pour les négociants. Il y a aussi des questions de sécurité qui entrent en compte. Et celles du logement… Le dossier est complexe.

– Y a-t-il des études que vous ne ferez pas?

– Oui, celles qui auraient une forte charge émotionnelle, où l’institut se trouverait en opposition frontale avec des institutions.

– Sur le rôle des ONG dans le débat sur les matières premières…

– Par exemple. Nous tenons à entretenir de bons rapports avec tous les partenaires impliqués dans la problématique. Sachez par exemple que la Déclaration de Berne (DB) intervient dans notre programme universitaire.

– La Déclaration de Berne, justement, s’inquiète d’un possible «manque d’indépendance de votre conseil» où siègent notamment des représentants de l’industrie. Que répondez-vous à ces critiques?

– Le terme «notamment» est important car il s’agit d’une opération en partenariat avec aussi bien une institution universitaire, des autorités politiques que l’industrie. Notre autonomie ne saurait donc être remise en question et nous insistons sur l’idée que l’institut doit être un lieu d’échanges, de discussions et de production scientifiques de qualité.

– Beaucoup attendent de savoir qui composera votre comité scientifique (qui indiquera les grandes lignes d’orientation de l’institut)…

– Il y aura au minimum 51% d’académiques, c’est tout ce que ce que je peux vous dire pour l’instant. Mais il y aura aussi des représentants du secteur et des organisations internationales. Il sera dévoilé fin mars.

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