Le Temps: Votre fonds en actions suisses enregistre une des meilleures progressions de sa catégorie en 2003 (+10,1%). Comment définissez-vous votre politique d'investissement?

Michel Thétaz: Notre style tient en deux mots: patience et discipline. Nous pouvons nous offrir le luxe d'investir à long terme. Nous investissons, nous ne spéculons pas. Nos clients le savent et ils ne nous jugent pas sur le dernier trimestre.

Nous cherchons aussi à combiner les approches macro et micro-économiques. Nous prenons ainsi des paris sectoriels et individuels. Par exemple, nous sous-pondérons actuellement Nestlé (13% contre 16% dans le SMI) car, si tout va bien du strict point de vue de l'entreprise, nous estimons qu'elle souffrira de la baisse du dollar.

Relier ces deux approches, top-down et bottom-up, ne peut se faire qu'au sein d'une petite équipe. Dans les grandes structures, les analystes macro, devises et entreprises peinent à se parler. Chacun doit rester dans son domaine sous peine de marcher sur les plates-bandes des autres. Rien de tel chez nous. Nous voulons rester moins de vingt personnes avec le minimum de hiérarchie pour pouvoir continuer à échanger facilement.

Par ailleurs, le turnover (taux de rotation) du fonds demeure inférieur à 40%. Comme nous sommes parfaitement indépendants, l'administration du fonds est confiée à Julius Bär et les ordres sont passés par différents courtiers externes, nous n'avons aucune incitation à faire des transactions improductives. Nous ne sommes rémunérés que sur la gestion. Il n'est donc pas question de faire des dépenses inutiles.

– Les quatre premières positions de votre portefeuille comptent chacune pour plus de 10% du fonds. C'est a priori interdit par la loi sur les fonds…

– C'est vrai, mais nous avons obtenu une dérogation de la part de la Commission fédérale des banques lors du lancement du fonds. Si l'on souhaite gérer un fonds en actions suisses et pouvoir évaluer sa performance par rapport à celle de l'indice de référence, le SMI, il est impossible de ne pas pouvoir détenir plus de 10% des plus grands titres, comme Novartis, Roche ou Nestlé. Nous pouvons investir 50% en plus de la pondération neutre de l'indice. Nous n'utilisons donc aucun instrument dérivé pour pouvoir nous comparer au SMI. Tout reste sous contrôle. Le règlement du fonds nous laisse suffisamment de latitude pour être créatif.

Le portefeuille contient actuellement vingt-deux positions. Le maximum est fixé à une trentaine. Il nous arrive de n'en avoir qu'une dizaine. Ce fut notamment le cas entre 1998 et 2000. Nous suivions alors une politique très défensive car nous ne croyions pas dans la «nouvelle économie». A l'époque, notre performance en a souffert. Aujourd'hui, nous nous félicitons de ne pas avoir cédé à la mode.

– Vous vous positionnez comme un investisseur et pas un spéculateur. Comment utilisez-vous les droits de vote liés aux actions du fonds?

– Nous votons! Dans la grande majorité des cas, nos clients nous donnent mandat de les représenter. Notre politique de vote vis-à-vis des entreprises dont nous détenons des titres peut se résumer ainsi: «Nous sommes des amis, mais qui restent vigilants.» Toutefois, si nous éprouvons un doute à l'égard de la société, nous demandons à nos clients ce qu'ils souhaitent que nous votions.

Mais une fois encore, nous ne rencontrons aucun conflit d'intérêts dans ces situations. La relation qui nous lie à ces sociétés se limite à notre portefeuille. Notre but reste toujours de créer le plus de richesse possible, pour notre clientèle.

Je reconnais néanmoins que cette politique de vote est applicable parce que nos investisseurs sont uniquement des institutionnels. C'est plus difficile avec la clientèle des particuliers, plus éparse.