SONDAGE

Subi par une bonne part des actifs, le travail à temps partiel fait encore rêver

Une étude des cantons de Vaud et de Genève ébauche le profil des salariés qui ne travaillent pas à temps complet. 11% d'entre eux ne l'ont pas choisi.

Qu'ils en rêvent ou qu'ils le subissent, les Suisses sont toujours plus nombreux à suivre le régime du temps partiel. Dans les seuls cantons de Vaud et Genève, 27% de la population active ne travaille pas à plein temps, dont – on le savait déjà – une forte majorité de femmes. Ce qui représente, pour la région, 133 200 personnes. Selon les chiffres d'un rapport que les offices vaudois et genevois de la statistique viennent de publier conjointement*, la moitié des femmes salariées travaillent à temps partiel, contre 9% des hommes, soit 82% de tous les actifs occupés. Une «progression considérable», disent les auteurs de l'étude, par rapport à 1991 où 20% «seulement» des personnes actives étaient à ce régime. Quel est le profil du «travailleur partiel»? L'étude nous dit que s'il est homme, il est jeune et célibataire. Quant aux femmes, elles sont principalement mères de famille et Suissesses, issues des secteurs de la santé, de l'enseignement, du commerce ou des services sociaux. Les réponses fournies nous éclairent davantage. La moitié des femmes interrogées confirment opter pour le temps partiel pour des raisons de famille. Les hommes en revanche, invoquent le plus souvent des études ou des problèmes de santé. Mais une personne sur 10 déclare «subir» le travail à temps partiel pour n'avoir pas trouvé d'emploi à plein temps.

A en croire les résultats d'un autre sondage rendu publics par le Credit Suisse (CS), cette explosion collerait pourtant assez bien aux aspirations du citoyen helvétique. Selon l'Institut de recherches zurichois Gfs qui l'a réalisé, près d'un quart des 1007 salariés interrogés aimeraient réduire leur taux d'activité. Mais, précise le Gfs, cette réponse émane principalement de ceux qui travaillent plus de 43 heures par semaine. Il est moins étonnant, dans ces conditions, qu'ils souhaitent ralentir le pas. En revanche, lorsque ces 1007 personnes sondées sont interrogées sur les mesures possibles de flexibilisation du travail, elles sont 80% à préférer la solution du temps partiel, devant les horaires-cadres (78%), les compensations sous forme de congé (77%) ou le crédit-temps, autres modèles d'aménagement de la vie professionnelle, voire d'un passage en douceur à la retraite. En gros, l'étude du CS relève avant tout qu'une grande majorité des salariés aspirent, pour motifs personnels, à de nouveaux aménagements de leurs horaires professionnels. Ils apportent en outre de l'eau au moulin de ceux qui prônent une réduction du temps de travail comme solution aux problèmes de chômage, puisque 77% d'entre eux sont absolument d'accord sur l'utilité économique de ces nouvelles formes d'aménagement.

Travail sur appel camouflé

Alors, le temps partiel, une panacée pour l'individu? Rien n'est moins sûr Tel qu'il est pratiqué aujourd'hui, le temps partiel serait aussi l'objet d'un malentendu. «On constate que pour bon nombre de salariés, il s'agit de travail sur appel camouflé», commente Christine Luchsinger, secrétaire centrale à l'USS. En outre, les femmes qui en grande majorité occupent ces postes, particulièrement dans le secteur tertiaire, auraient tendance à prétériter leurs perspectives de carrière. Françoise Messant, qui enseigne la sociologie du travail à l'Université de Lausanne n'est d'ailleurs pas tendre: «Souvent sous-payés, les emplois à temps partiel ne font que cristalliser l'inégalité professionnelle entre hommes et femmes.» Pour la sociologue, on ne pourra parler de baisse profitable du temps de travail que lorsque le temps partiel touchera autant d'hommes que de femmes.

Si, chez les salariés on oscille encore entre rêve et réalité, les entreprises, elles, hésitent encore:: selon une étude conduite auprès de 1043 employeurs alémaniques, commandée par l'Union syndicale suisse (USS)**, ils seraient 87% à souhaiter introduire des formules de temps partagé ou de temps réduit. Pourtant, seuls 20% des employés de ces mêmes entreprises travaillent à temps partiel. «La révolution culturelle en matière d'aménagement du temps de travail dont la Suisse a besoin est désormais en marche», déclarait il y a quelque temps au magazine L'Hebdo le professeur genevois d'économie Yves Flückiger. Mais certains pointent déjà le doigt sur cette révolution qui pourrait conduire les salariés de Charybde en Scylla.

Service cantonal de recherche et d'information statistiques (SCRIS) et Office cantonal de la statistique, Genève (OCSTAT), étude conjointe intitulée «Facettes de l'activité des Genevois et des Vaudois», cahier n°3, janvier 1999.

Arbeitszeitmodelle in der betrieblichen Praxis, Felix Davatz, Zurich (E-mail: fdavatz@access.ch)

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