Banques

Subprimes: forte amende demandée pour Deutsche Bank, UBS et Credit Suisse également menacés

Deutsche Bank encourt une amende de 14 milliards de dollars pour avoir vendu des titres toxiques liés à l'immobilier américain. Cette révélation ne change pas les prévisions concernant UBS et Credit Suisse, également visés dans ce dossier

L’action Deutsche Bank a chuté de près de 6% vendredi à l’ouverture des marchés à la suite de la révélation, la veille, du fait que la plus grande banque allemande encourt une amende de 14 milliards de dollars pour avoir vendu des produits toxiques liés à l’immobilier américain. La défiance a rapidement gagné les autres groupes bancaires internationaux, dont UBS et Credit Suisse, qui sont également dans le viseur des autorités dans ce dossier des subprimes.

Les valeurs bancaires ont été secouées sur les marchés vendredi, car le chiffre de 14 milliards de dollars (13,6 milliards de francs) est très éloigné des prévisions des analystes. Ceux-ci estimaient que Deutsche Bank devrait payer entre 2 et 5 milliards de dollars pour avoir menti à ses clients sur la qualité des titres adossés à des créances immobilières qu’elle leur a vendues entre 2005 et 2007.

UBS a provisionné près d’un milliard

Présentés comme sûrs, ces RMBS (pour residential mortgage-backed securities, ou créances hypothécaires résidentielles titrisées) avaient implosé avec la bulle immobilière américaine, à partir de 2007.

Chahutées à la bourse vendredi (leurs actions perdaient respectivement 2,2% et 4,7% à la mi-journée), UBS et Credit Suisse se trouvent, elles aussi, dans le viseur des autorités américaines pour leur implication dans des produits toxiques liés aux subprimes. «UBS a constitué des provisions de 988 millions de dollars dans ce dossier, explique Loïc Bhend, analyste bancaire chez Bordier à Genève. Le marché s’attend à une amende de l’ordre de deux milliards pour la grande banque, et un montant légèrement supérieur pour Credit Suisse.»

L’exposition de Credit Suisse au marché des subprimes était inférieure de moitié à celle de Goldman Sachs, qui a dû payer 5 milliards dans ce dossier, ce qui pointerait vers une amende de 2,5 milliards de dollars pour Credit Suisse, poursuit le spécialiste. Qui ne voit pas de raison de modifier ses hypothèses après les révélations de vendredi sur Deutsche Bank.

L’habituel jeu des négociations

Concernant la banque allemande, les attentes des analystes étaient basées sur les amendes déjà payées par des banques américaines dans ce dossier. Les géants de Wall Street Goldman Sachs, Morgan Stanley, JP Morgan Chase et Citigroup ont chacun payé entre 5 et 10 milliards de dollars. Seule Bank of America fait exception, avec 16,6 milliards. Le marché semble avoir oublié que le ministère américain de la justice (DoJ) réclamait dans un premier temps près de 15 milliards à Goldman Sachs, relevait un courtier dans une note diffusée vendredi.

Révélant avoir été invitée à formuler une contre-proposition par le DoJ, Deutsche Bank a annoncé vendredi matin qu’elle ne paierait pas 14 milliards et qu’elle espérait obtenir un montant similaire à celui de ses concurrents. Les négociations commencent mais, contrairement à ce qui s’était passé pour les banques américaines, le niveau des enchères a fuité dans la presse. Fin juin, Deutsche Bank avait provisionné 6,2 milliards de dollars en vue de futures amendes et accords à l’amiable.

La banque allemande, qui a déjà payé plus de 9 milliards de dollars depuis début 2008 selon Bloomberg, est également impliquée dans des affaires de manipulation des cours de change, de trading de métaux précieux et de transactions suspectes en Russie. Elle fait par ailleurs l’objet de 47 procédures civiles pour avoir participé à la manipulation des taux interbancaires du Libor, selon son dernier rapport annuel. Le codirecteur général de Deutsche Bank depuis juillet 2015, John Cryan, s’est personnellement impliqué dans la résolution de ces dossiers.

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