*Responsable de iShares en Suisse

Les ETF sont de plus en plus surveillés par les autorités de réglementation. Le Comité de stabilité financière (FSB), la BRI et le FMI ont publié des rapports critiques à l’égard des ETF, pointant du doigt les risques liés à leur construction. Ces produits menaceraient donc la stabilité de la planète financière.

Ces mises en garde arrivent au bon moment. En effet, sur fond de croissance soutenue du marché des ETF, le nombre de fournisseurs et de produits et, concomitamment, la complexité des structures et des méthodes de réplication indicielle ont considérablement augmenté, bien souvent au détriment de la transparence pour les investisseurs. Outre les ETF traditionnels, il existe également des ETP, ETN, ETC. Contrairement aux ETF, qui sont des fonds aux avoirs ségrégués, les ETN et les ETC par exemple sont des obligations structurées adossées – ou non – à des valeurs, c’est-à-dire des instruments qui ne sont pas soumis à la réglementation UCITS. De plus, les reproches des régulateurs ne s’appliquent pas de la même manière à tous les ETF.

Le FSB critique tout particulièrement certains ETF nés de l’ingénierie financière, qui reposent uniquement sur des constructions de swaps (ETF synthétique). Le FSB critique, d’autre part, les éventuels conflits d’intérêts si l’émetteur de l’ETF et le fournisseur du swap appartiennent au même établissement financier. Il met aussi en avant le risque lié à l’utilisation de titres illiquides dans le cadre de l’accord de swap.

L’investisseur peut également être amené à payer des coûts trop élevés en raison de l’utilisation d’une seule contrepartie interne, cela étant dû au manque de ­concurrence entre les fournisseurs de contrats.

Mais dans le sillage de la crise, les méthodes de réplication via des accords de swaps se sont nettement améliorées. Les fournisseurs d’ETF n’appartenant pas à une banque travaillent généralement avec plusieurs fournisseurs de swaps afin de diversifier le risque de contrepartie, d’exploiter différentes sources de liquidité et d’obtenir des prix compétitifs pour les accords de swaps. Plusieurs fournisseurs d’ETF respectent déjà les recommandations de bonne pratique du FSB en matière de publication du collatéral et d’évaluation des risques de la réplication synthétique. Certains publient sur leur site internet le niveau de «sur-collatérisation» (over-collateralization) des accords de swaps, le nom des partenaires des swaps, les coûts des contrats et les titres sous-jacents des produits à réplication synthétique. Ces nouveaux développements des ETF à réplication synthétique sont nécessaires car les investisseurs souhaitent également utiliser des ETF pour répliquer efficacement des classes d’actifs moins liquides et des thèmes d’investissements spécifiques, (émergents).

Le prêt de titres est également stigmatisé par le FSB, une activité pourtant très répandue pour les ETF à réplication physique. Pratiquer une gestion prudente du prêt de titres est pourtant dans l’intérêt de l’investisseur, car les revenus supplémentaires générés permettent de réduire le total des coûts. Dans certains cas, le revenu est même supérieur au total des frais sur encours (TER). Le prêt de titres repose sur la fiabilité de la gestion des risques. Chez BlackRock, par exemple, une équipe indépendante contrôle le processus de sélection des partenaires et veille au respect des règles d’évaluation et de suivi des risques du prêt de titres. Seuls les établissements affichant une solvabilité robuste sont considérés comme emprunteurs potentiels. En outre, seuls les titres liquides sont acceptés en garantie et valorisés quotidiennement aux prix du marché.

Le fonctionnement des ETF peut encore être amélioré. Malgré les aspects critiqués de manière légitime par le FSB, les ETF sont la plus grande innovation financière de ces vingt dernières années. A l’avenir, ils constitueront probablement des produits de référence sur les marchés. Les fonds à gestion active ont également recours aux produits dérivés et participent au prêt de titres, ce qui ne leur a pas valu une volée de bois vert. Par conséquent, les principaux fournisseurs d’ETF doivent faire le nécessaire pour que les ETF conservent leurs atouts initiaux, à savoir leur simplicité d’utilisation, leur transparence et leur liquidité, y compris sur un marché en très forte expansion. En assurant une communication régulière et détaillée sur leurs produits et en améliorant les méthodes de gestion des produits à réplication synthétique, ils ont clairement montré qu’ils acceptaient cette responsabilité.