La semaine prochaine sera celle du goût en Suisse. «Nous, nous voulons redonner le goût de la proximité et de la saisonnalité aux consommateurs, renforcer le lien entre les gens et la campagne», martèle Olivier Amrein, cofondateur d’Espace-Terroir, à Genève, qui livre des paniers de fruits et légumes à domicile. Alors que l’agriculture contractuelle de proximité a ses adeptes (les Jardins de Cocagne (GE), les Jardins du Flon (VD), le Panier du Bisse (VS)), d’autres modèles d’intermédiaires ce sont développés ces dernières années. Ainsi, la Suisse romande compte plus d’une trentaine d’initiatives surfant sur la «locavore» attitude.

«C’est vrai que nous constatons cette tendance à la consommation locale, qui permet de recréer le lien qui n’existe plus avec les produits transformés, explique Barbara Pfenniger, responsable du secteur alimentation à la ­Fédération romande des consommateurs. De plus, avec les paniers livrés à domicile, selon la formule, outre le côté pratique, il y a le côté «surprise», qui plaît.» Espace-Terroir glisse par exemple des recettes pour les variétés ­méconnues.

Mais de plus en plus, les clients peuvent soit remplacer des produits de leur choix, soit paramétrer à la création de leur compte/abonnement ceux qu’ils ne souhaitent jamais voir dans leur panier. C’est le cas chez La Belle Bleue. Cette société de Marin-Epagnier (NE) domine le marché romand avec plus de 5000 paniers livrés chaque mois. «Nous arrivons à être compétitifs face à la grande distribution , car le modèle est différent, détaille Michaël Dusong, fondateur et associé. Eux, ils achètent de grandes quantités qu’ils essaient ensuite d’écouler, alors que si nous commandons 2 tonnes et 55 kilos de pommes de terre, c’est exactement le volume dont nous avons besoin, il n’y a donc aucun déchet.»

Flexibilité, c’est également un maître mot chez Espace-Terroir. «C’est cela qui nous différencie de l’agriculture contractuelle, c’est aussi pour cela que nous avons mis l’accent sur une épicerie en ligne», souligne le dirigeant de la PME genevoise. Chez Marchédurable.ch, le système d’achat est même complètement libre. «Les gens profitent toutefois de la richesse de nos produits. Vous n’imaginez même pas les couleurs de carottes que nous proposons…», s’enthousiasme Sophie Gonteri, responsable de la plateforme et des produits du site vaudois.

Il y a une année, Jean-Marc Imhof s’est également lancé dans la même aventure entrepreneuriale avec Vitaverdura à Rolle (VD): «Au retour d’un long séjour à l’étranger, j’ai d’une part réalisé la qualité et la diversité des produits de notre terroir et, d’autre part, constaté la difficulté à se les procurer.» Il fait désormais le pont entre les producteurs et les habitants de la région en respectant les saisons et la proximité mais également les désirs spécifiques. «Chez nous, vous ne trouverez pas de fraises au mois de janvier ou février par exemple, glisse-t-il, mais vous pouvez ajuster vos paniers.»

C’est en proposant par exemple des oranges ou des mandarines que La Belle Bleue se retrouve dans le collimateur des puristes. «Nous avons fait notre premier hiver sans oranges, leur répond Michaël Dusong. Nous avons vite compris que nous ne pourrions pas faire une deuxième sans. Alors, pour des raisons éthiques, nous compensons les émissions de CO2 en versant une contribution à l’association Philaterra. Mais cela nous paraît plus rationnel d’un point de vue écologique qu’une ruée de voitures individuelles vers les grandes surfaces pour se procurer ces fruits-là.»

Ainsi, les idées, aussi nobles soient-elles, sont souvent rattrapées par la réalité économique. Parmi toutes les sociétés contactées par Le Temps, aucune ne se dit vraiment rentable. «Nous n’avons pas de dette, mais nous ne réalisons pas encore de vrais bénéfices», poursuit le fondateur de la Belle Bleue, qui a réduit ses centres de production de quatre à deux et s’est professionnalisé, avec un service qualité, pour continuer à croître, des volumes supplémentaires étant nécessaires pour «être à l’aise». Malgré l’appui de l’Union maraîchère genevoise, qui détient 40% du capital-actions d’Espace-Terroir, Olivier Amrein concède que l’investissement dans l’outil en ligne s’est avéré important et que le développement passe par l’élargissement de la gamme, avec des produits laitiers pour commencer. Le Marchédurable.ch est également à un moment charnière et doit passer de l’entreprise familiale à la «vraie» entreprise. Au regard des défis logistiques et de rentabilité, une question s’impose: toutes ces initiatives survivront-elles?

«Outre le côté pratique, il y a le côté «surprise» qui plaît»