Musique

Le succès posthume des tubes de George Michael

La mort de l’icône pop ne mettra pas un terme à sa carrière. Morts cette année, David Bowie et Prince ont déjà rejoint le hit-parade des artistes les mieux rémunérés en 2016 avec, respectivement, 10,5 et 25 millions de dollars

A la radio, dans les soirées post-réveillon ou sur les chaînes musicales: impossible – depuis dimanche soir – de fuir les notes entêtantes de «Last Christmas». George Michael, leader du groupe Wham!, n’est plus. Mais la disparition de l’icône pop des années 80-90 a redonné un coup de fouet à l’ensemble de son répertoire coloré.

Lundi, le jour suivant la mort de George Michael, la demande augmentait de 31 158% sur le site d’écoute en ligne Spotify. La plateforme Apple Music y est, elle, allée de sa liste de 2h11 de titres «indispensables» de George Michael. Un empressement qui confirme que le legs musical du chanteur-auteur-compositeur britannique est une véritable mine d’or.

Hit-parade des artistes décédés

Pour ceux qui exploitent les droits d’auteur des chanteurs décédés, 2016 est justement en passe de devenir une année record. Mort en janvier dernier, David Bowie – incarnation du glam rock – entre directement à la 11e place du hit-parade 2016 des célébrités affichant les plus hauts revenus, selon Forbes. Avec 10,5 millions de dollars, le Britannique a néanmoins fait moins bien que Prince – décédé en avril –, cinquième avec ses 25 millions de dollars.

Mais le marché de la musique d’outre-tombe reste dominé par les incontournables Elvis Presley et Michael Jackson avec, respectivement, 27 et… 825 millions de dollars. Le King de la pop est un habitué de ce type de podium, mais s’il a pu creuser l’écart cette année, c’est grâce à une vente exceptionnelle. Celle des droits d’auteur des Beatles qu’il s’était offerts en 1985 pour 47,5 millions de dollars. Une somme considérée à l’époque comme exorbitante mais qui a permis aux héritiers de Michael Jackson d’obtenir – après la vente en mars de l’entièreté de ces droits à Sony – un retour sur investissement annualisé de 30%.

Des stars qui gagnent plus outre-tombe

Jamais, de son vivant, l’interprète de «Thriller» n’avait gagné autant d’argent. Même au sommet de sa carrière. Endetté à hauteur de 500 millions de dollars au moment de sa mort, Michael Jackson n’aura été en mesure de rembourser ses créanciers qu’après son décès. Film et albums posthumes, royalties pour la tournée mondiale «Michael Jackson: The Immortal» du Cirque du soleil ou produits dérivés: la star de la pop aurait engrangé quelque 2 milliards de dollars depuis sa mort.

Michael Jackson n’est pas le seul à mieux gagner sa vie mort que vivant. Jimi Hendrix a sorti plus d’albums après son décès (12) que de son vivant (3). Plus cynique encore: en 2012, quelques heures après la découverte de la dépouille de Whitney Houston, Sony augmentait le prix de sa compilation de hits «The Ultimate Collection» de 60% (une décision sur laquelle la maison de disques a dû revenir).

Des tournées d’hologrammes

Parmi les nouveaux outils de promotion des artistes défunts: les concerts d’hologrammes. Lancée avec le rappeur 2Pac en 2012 – à l’occasion d’un «featuring» avec son ancien acolyte Snoop Dogg –, la pratique s’est étendue à tous les styles musicaux. Après le lancement d’une version dématérialisée de Michael Jackson en 2014, en France, la comédie musicale «Hit-Parade» prévoit de «ressusciter» Dalida, Claude François, Mike Brant ou encore Sacha Distel dès janvier prochain.

Un business qui a aussi ses ratés

Mais le business de la musique posthume a aussi ses ratés. La société spécialisée Hologram USA a dû annuler un duo entre Christina Aguilera et Whitney Houston, officiellement parce que la technique n’était pas à la hauteur de «l’héritage de Whitney et à celle de ses fans dévoués». Devant la levée de boucliers, la tournée mondiale de l’avatar n’a toujours pas été reprogrammée.

Au même titre, la multiplication d’albums composés d’assemblages de séquences et de répétitions remixées n’est pas allée sans critiques. Comme le soulignait Jeff Jampol, l’un des consultants de la société gérant les droits de Michael Jackson, cité par Bloomberg, le plus grand défi est d’arriver à monétiser leur héritage sans dévaluer leur nom.

Avec ses 100 millions de disques vendus, George Michael a le potentiel pour rejoindre le panthéon des artistes les plus rentables. A condition que l’équipe des exécuteurs testamentaires soit prête à faire fructifier son héritage en transigeant sur son image.

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