Les négociants en métaux ont suivi l’évolution des prix du platine de près ces derniers jours. En cause, le bouleversement politique au Zimbabwe, troisième producteur mondial de cette matière indispensable à la fabrication de moteurs automobiles. «En fin de compte, il n’y a pas eu de mouvement brusque des prix parce que les industriels ont constitué des réserves pour faire face aux difficultés imprévues d’approvisionnement», explique Nitesh Shah, directeur de recherches matières premières chez ETF Securities.

Large potentiel de croissance

Le prix n’a pas bougé aussi parce que la transition – la fin de trente-sept ans de règne de Robert Mugabe – s’est passée sans heurts majeurs et l’activité des mines n’a pas été touchée. Pour Nitesh Shah, le Zimbabwe a un large potentiel de croissance. «Il a désormais la possibilité d’augmenter sa production et sa part du marché (8%)», poursuit-il. L’Afrique du Sud est de loin le plus grand fournisseur mondial (80%), devant la Russie (10%).

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Lors de son discours d’intronisation vendredi, le nouveau président zimbabwéen, Emmerson Mnangagwa, n’a pas manqué de souligner que le nouveau pouvoir allait désormais réorganiser l’économie, notamment revoir le fonctionnement des activités minières et agricoles. Il a annoncé qu’il dédommagerait les fermiers blancs qui avaient été expulsés de leurs propriétés manu militari au début des années 2000. Il s’est aussi engagé à protéger les investisseurs étrangers. «Dans ce monde global, aucune nation n’est, ne peut ou ne doit être une île», a relevé le nouveau président.

Tâche herculéenne

En effet, c’est une tâche herculéenne qui attend Emmerson Mnangagwa. La presse internationale qui s’est déplacée durant cette semaine historique à Harare, la capitale zimbabwéenne, témoigne d’une situation de grande misère. Les retraits bancaires sont limités à 20 dollars par jour et, pour accéder aux guichets, les clients doivent attendre durant de longues heures. Des milliers des familles s’entassent dans des ghettos et n'ont aucune perspective ou se débrouillent dans l’économie informelle. Des chiffres officieux font état d’un taux de chômage de 90%.

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Dans les années 1990, l’Etat a eu recours à la planche à billets pour financer ses dépenses, entraînant une hyperinflation. En 2009, le gouvernement a adopté le dollar américain et le rand sud-africain pour lutter contre la hausse des prix. Fin 2016, il a introduit une nouvelle monnaie en forme d’obligation pour ralentir la fuite des capitaux.

Face à la descente aux enfers, le pays a fini par renouer avec les institutions multilatérales, notamment le Fonds monétaire international (FMI). Qui y intervient contre un programme de réformes. Selon son dernier rapport sur le pays qui date de juillet 2017, le taux de croissance pour cette année s’élèvera à 2,8% et l’inflation à 2,5%. Maxwell Mkwezalamba, son directeur régional, affirme que l’économie zimbabwéenne est dans un piteux état à cause tant d’une désastreuse gestion publique que de mauvaises conditions climatiques et des bas prix des produits d’exportation. Dans une note publiée par le FMI, il fait remarquer que les autorités du pays sont désormais conscientes des défis et mettent en place des mesures pour remettre l’économie sur les rails.

L’ami chinois

Si les Etats-Unis et l’Union européenne ont pris leurs distances avec le Zimbabwe, la Chine a joué un rôle de premier plan dans la survie du régime. Dès les années 1960, Pékin était aux côtés de Robert Mugabe et de ses camarades d’armes dans la lutte pour la décolonisation de la Rhodésie du Sud. Alors que Londres n’a pas respecté l’accord de Lancaster (avril 1980) qui prévoyait une réforme agraire et un dédommagement en vue d’une redistribution des terres, les Chinois, eux, ont multiplié leurs aides.

Au fil des années, la Chine est devenue le premier partenaire économique et commercial du Zimbabwe par le biais tant de programmes d’aide publique que d’investissements privés. Une centaine d’entreprises chinoises ont pignon sur rue. Le quotidien français Le Monde donne l’exemple de R & F, qui a annoncé en début d’année des investissements de 2 milliards de dollars pour reprendre Zisco, la plus grande entreprise de fer et d’acier du pays. Le journal affirme que Pékin a fini par lâcher son protégé Robert Mugabe afin de sauvegarder ses intérêts. Désormais, la Chine apporte son soutien au nouvel homme fort.