La monnaie européenne attire toujours plus de pays. Après la Grèce, écartée de la course il y a deux ans mais requalifiée cette fin de semaine, la Suède et le Danemark ont à leur tour montré leur intérêt pour la monnaie européenne.

Pour le ministre grec de l'Economie, Yannos Papantoniou, la réévaluation de la drachme à 340,75 pour un euro est un «événement historique». Selon le gouvernement, il s'agit là de l'aboutissement d'une politique économique austère engagée il y a six ans. Yannos Papantoniou a souligné qu'il s'agissait de la plus belle nouvelle depuis l'après-guerre. Cette réévaluation est un gage de hausse des revenus réels pour l'ensemble des Grecs étant donné que l'inflation importée va être mieux maîtrisée. Dans une économie où la balance commerciale est déficitaire, et c'est le cas de la Grèce, cette adhésion va baisser le coût des importations. La perspective d'une entrée prochaine de la drachme dans l'Union économique et monétaire devrait aussi se traduire par une baisse des taux d'intérêt qui flirtent avec les 10%, contre 4% dans la zone euro. Mais une chose est sûre, les marchés financiers ont salué la bonne tenue des indicateurs macroéconomiques. Lundi, l'indice principal des valeurs cotées à la Bourse d'Athènes a bondi de 1,68% pour terminer la séance à 5362,3 points.

Après la Grèce, la Suède a fait un pas décisif vers l'euro. Vendredi, le Parti social-démocrate (SDP) a, pour la première fois de son histoire, lancé l'idée d'une adhésion prochaine à la monnaie européenne. Sans donner de date précise, le gouvernement suédois a estimé qu'il fallait satisfaire deux conditions. Tout d'abord, le cycle de l'économie suédoise doit entrer en résonance avec celui de la zone euro. En effet, fortement tournée vers l'extérieur, l'industrie de ce pays est très sensible à la conjoncture internationale. Sans un cycle en phase avec l'Union européenne, une politique monétaire restrictive appliquée pour l'ensemble du Continent risquerait d'être contre-productive pour la Suède. Ensuite, comme le souligne le premier ministre Göran Persson, ce pays doit montrer que la politique de négociations salariales n'entachera pas la compétitivité de son industrie exportatrice. Mais si une volonté d'adhésion à l'euro de la part des politiques existe réellement, les sondages révèlent que les Suédois sont encore très partagés sur la question.

Au Danemark, la situation est légèrement différente. Un sondage Sonar publié lundi par le quotidien conservateur Jyllands-Posten révèle que 53% des Danois sont favorables à l'euro, 34% y sont opposés alors que 13% restent indécis. Si cette majorité semble fragile, elle montre en tout cas un revirement de tendance sans précédent. Il faut se rappeler que les partisans de l'euro étaient moins de 30% en 1996.

Référendum

Un référendum sera organisé avant les prochaines élections législatives qui auront lieu en mars 2002. Comme pour la Suède, ce sont les électeurs du Parti social-démocrate qui ont permis au camp du «oui» de fortement progresser. Si les hommes demeurent, avec 59% d'avis favorables, très enthousiastes à la monnaie unique, c'est surtout la progression des femmes, plutôt eurosceptiques, qui a fait pencher la balance. Le Danemark et la Suède ne font pas partie de l'Union économique et monétaire même s'ils satisfont pleinement les critères de convergence du traité de Maastricht fixés pour l'entrée dans la zone euro.

Le gouverneur de la Banque de France, Jean-Claude Trichet, dans un entretien au journal économique français La Tribune paru lundi, estime que la vocation internationale de la monnaie unique européenne fait qu'il y a de la place pour tous. Il explique ainsi que «l'euro doit s'efforcer d'être le meilleur instrument monétaire possible pour l'économie européenne, dont la prospérité est un facteur important de l'ensemble des économies du monde».