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Nucléaire

La Suède et la Finlande sont prêtes à enfouir leurs déchets nucléaires

La Suisse n’aura sans doute pas de dépôt pour ses déchets hautement radioactifs avant 2060. Les pays nordiques ont plus de 30 ans d’avance dans ce domaine

«Surtout, ne laissez pas tomber votre stylo!» Le conseil de Maria Fornander, équipée comme moi d’un dosimètre mesurant la radioactivité et de bottes spéciales empêchant tout contact avec des éléments organiques extérieurs, s’apparente à un ordre.

Le site confiné, surveillé par des caméras et entouré d’un grillage électrifié s’abrège CLAB. Géré par la société SKB, chargée de prendre en charge les barres d’uranium usagé provenant des dix centrales nucléaires suédoises en activité, il se situe au nord de la localité d’Oskarshamn. La région, noyée dans les pins, se situe au sud du pays, à quelque 300 km à vol d’oiseau au nord-est de Malmö.

C’est là que la population de la commune, qui aurait pu, selon les lois suédoises, refuser des installations nucléaires sur son territoire, a accepté sans vraiment sourciller les avantages économiques apportés par le CLAB et un vaste ­laboratoire souterrain formé de 4 kilomètres de galeries s’enfonçant dans le socle de granit jusqu’à 460 mètres de profondeur.

«Une cinquantaine d’expériences diverses sont menées afin de déterminer les meilleures conditions d’entreposage des déchets hautement radioactifs», explique Eva Häll, responsable des visites du site pour SKB. Elle conduit un groupe de journalistes suisses invité par le Forum nucléaire suisse, organisation qui prend acte de l’avancement, nettement plus rapide en Suède et en Finlande qu’en Suisse, des travaux destinés à l’entreposage de très longue durée des déchets radioactifs.

Il faut en effet compter 30 000 ans pour que les déchets faiblement et moyennement radioactifs retrouvent une irradiation proche de celle de l’environnement naturel. Pour les déchets hautement radioactifs, il faudra attendre quelque 2000 siècles. L’eau est la principale ennemie de l’homme dans ce contexte très spécial. Si elle entre en contact avec les particules radioactives, elle peut les entraîner via les failles du sous-sol vers la surface ou vers des nappes phréatiques. Les scientifiques tentent donc de multiplier les barrières et testent leur résistance à une forte chaleur, à la corrosion et à la pression, pour réduire le plus possible le risque de petites fissures dans le dispositif de sécurité.

La Scandinavie n’a pas le choix de la roche d’entreposage. Son sous-sol est composé de granit, certes solide, mais dont les failles facilitent l’écoulement d’eau. A tel point que le laboratoire souterrain géré par SKB a dû être équipé d’un système de pompes à certains endroits. «Le dépôt définitif sera construit dans des couches de granit sans failles, et les conteneurs de déchets seront disposés verticalement pour réduire les risques de circulation d’eau entre les cavités», assure Eva Häll.

Certains de ces déchets suédois à enterrer sont déjà physiquement présents à quelques kilomètres. Ils se trouvent dans le CLAB. A l’entrée du bâtiment d’entreposage provisoire, un chiffre rouge augmente chaque semaine. Ce jour d’août 2014, il indique 5833. C’est le nombre de tonnes d’uranium usagé entreposées dans deux piscines de refroidissement de la dimension, hors profondeur, d’un bassin olympique.

Encore bouillant durant des dizaines d’années, le combustible usagé doit être refroidi sous 8 mètres d’eau distillée qui protègent de la radioactivité les visiteurs munis de bottes spéciales. Le processus dure une quarantaine d’années, avant le déplacement dans le dépôt définitif souterrain. Ces emplacements sont déjà choisis et acceptés en Suède comme en Finlande. Les deux pays exploitent d’ailleurs déjà, contrairement à la Suisse, des dépôts pour les déchets faiblement et moyennement radioactifs.

La Suède et la Finlande ont décidé de mettre une barrière supplémentaire autour des déchets hautement radioactifs. Il s’agit d’une chape de cuivre de 5 à 10 centimètres d’épaisseur qui ne rouille pas. Elle s’ajoute à l’enveloppe d’acier, à la couche de gaz inerte (argon) et à la bentonite (argile absorbant l’eau tirée des couches volcaniques).

La Suisse n’a pas encore choisi les enveloppes définitives des conteneurs de déchets hautement radioactifs. «Je ne suis pas certain qu’on ait besoin du cuivre comme barrière supplémentaire car la roche d’entreposage, en Suisse, sera de l’argile à Opalinus. Contrairement au granit nordique, elle absorbe l’eau», explique Markus Fritschi, chef du programme d’entreposage auprès de la Nagra. La Nagra est l’organe chargé par la Confédération de proposer des sites définitifs qui remplaceront le dépôt provisoire actuel, à sec et non en piscine, à Würenlingen.

Trois endroits, dans les cantons de Zurich, Argovie et Thurgovie, sont pressentis. Un choix plus serré sera proposé par la Nagra début 2015. Une autorisation de construire signée du Conseil fédéral est attendue en 2027, suivie d’une votation populaire (2029), puis d’une mise en service du dépôt dès 2060.

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