La compétitivité des pays est un domaine de recherche très fréquenté, mais il ouvre à chaque fois de nouvelles pistes de réflexion. Comme le disait Proust, «le véritable voyage de découverte ne consiste pas à chercher de nouveaux paysages, mais à avoir de nouveaux yeux». Le classement établi par Goldman Sachs se distingue de celui du World Economic Forum. La banque d'affaires, qui a créé le terme de BRIC (Brésil, Russie, Inde, Chine), classe 170pays selon leur habileté à mettre en place les meilleures conditions pour croître avec son indice GES 2006 («Growth Environment Score»).

Une innovation: le bonus de croissance

Mieux encore: elle estime le bonus de croissance que peut obtenir un pays s'il se met au niveau du meilleur («best in class») dans sa catégorie de revenu. Il serait en effet illusoire d'espérer d'un pays pauvre un niveau technologique ou de formation rapidement égal à celui des pays riches. Les chiffres sont étonnants. Un bonus de croissance de 2% par an peut sembler dérisoire pour un pays pauvre, mais en vingt ans il signifie une augmentation de 50% du niveau de revenu.

Les pays avec un faible indice GES ont le plus à gagner à s'aligner sur les meilleurs. Le Nigeria et le Bangladesh seraient les grands bénéficiaires au sein des pays du BRIC et du N-11, c'est-à-dire les onze pays en développement les plus proches du BRIC. Leur bonus est estimé à 4% chacun. Les principales recommandations aux pays en développement d'Asie touchent à leur fiscalité et à la stabilité politique. Celles adressées à ceux d'Amérique latine concernent leurs conditions macroéconomiques.

La compétitivité des pays à l'aune de Goldman Sachs montre une stagnation des pays industrialisés en 2006 et une forte amélioration des pays en développement, ce en termes d'espérance de vie, de stabilité politique, d'inflation, de technologie et de lutte contre la corruption. C'est le Qatar qui arrive en tête de ces derniers, qui se place au 24e rang mondial. Les pays pétroliers sont les gagnants de l'année. La hausse du prix du brut leur a permis d'améliorer leur budget. Ils disposent d'un solide potentiel. Beaucoup n'ont pas encore converti les gains pétroliers en investissement dans la formation et la technologie.

Les Etats-Unis régressent

A l'aune de l'indice GES 2006, 124 pays ont amélioré leurs conditions de croissance et 46 ont pris la mauvaise direction. La Suisse occupe, comme en 2005, la deuxième place du classement mondial, derrière la Suède et devant le Luxembourg, Singapour, la Norvège et le Canada, qui est le pays le mieux classé du G7. Ce club prestigieux est à la peine. Les Etats-Unis (9e au WEF) régressent du 15e au 18e rang.

Au sein du BRIC, la Chine est la mieux classée, mais elle régresse à la 58e place, alors que la Russie progresse d'un rang et devient 80e. Ailleurs, la Turquie gagne 18rangs, l'Iran 11.