Le Temps: Pierre-André de Chalendar, président directeur général de Saint-Gobain, a «offert» une table ronde pour résoudre le conflit autour des conditions d’acquisition de Sika. Pourquoi refusez-vous le dialogue?

Paul Hälg: Je ne suis pas directement concerné car cette proposition a été faite à la direction de Sika. Je n’ai reçu la lettre qu’un jour après, ce qui montre bien la considération du PDG de Saint-Gobain pour notre entreprise.

– Mais vous défendez la même position que la direction. Pourquoi le dialogue n’est-il pas possible avec Saint-Gobain?

– Que ce soit bien clair : nous ne sommes absolument pas opposés au dialogue. J’en ai pour preuve le fait que nous avons rencontré le responsable financier et le chef de la division bâtiments de Saint-Gobain le 16 janvier dernier. Mais le président directeur général du groupe français n’a pas daigné se déplacer.

– Et alors?

– Nous avons fait deux propositions qui ont manifestement été jugées inacceptables.

– Lesquelles ?

– La première est l’acquisition à 100% de Sika par Saint-Gobain, ce qui prouve que nous acceptons parfaitement les règles des affaires et le marché libre de l’acquisition d’une entreprise qui nous est pourtant chère.

– Pourtant, vous saviez que cette proposition, pour un groupe fortement endetté comme Saint-Gobain, est irréalisable. Ce d’autant plus que Pierre-André de Chalendar peut, avec la clause d’opting out, devenir majoritaire en achetant 16% du capital de Sika à la famille Burkard…

– C’est pour cela qu’une seconde proposition a été faite, à savoir une augmentation du capital associant Saint-Gobain qui permettrait la réalisation de synergies solides, à hauteur de 150 millions de francs, dans le secteur des mortiers où les deux entreprises sont concurrentielles.

– Quel est l’avantage de cette solution?

– En fusionnant les activités de mortiers des deux entreprises, elle offre une part de 30 à 40% de Sika à Saint-Gobain qui lui permet de profiter, en tant que gros actionnaire minoritaire, de la croissance de Sika, notamment sur les marchés émergents. Le groupe français, en intégrant son activité de mortiers dans Sika, n’aurait pas besoin de financer cette opération par de l’argent liquide. Nous sommes également ouverts à un versement par Sika d’un capital pouvant aller jusqu’à un milliard de francs.

– Pierre-André de Chalendar dit garantir l’indépendance de Sika, notamment dans les mortiers, par une répartition des marchés entre les deux sociétés. Pourquoi refusez-vous?

– Tant que les deux sociétés resteront en concurrence sur le marché des mortiers cela ne pourra pas fonctionner et amener les synergies espérées par Saint-Gobain. Nous sommes présents dans 50 pays, je ne vois pas comment démêler l’écheveau.

– Pourquoi ?

– Imaginez que nous cédions nos activités au Brésil à Saint-Gobain qui resterait concurrent sur d’autres marchés. Le groupe français pourrait s’emparer de nos brevets, exporter sa production brésilienne et nous faire concurrence sur des marchés pour lesquels nous aurions dû avoir l’exclusivité.

– La méfiance semble omniprésente. Quelle issue voyez-vous?

– Je pense effectivement que le dialogue ne pourra pas se nouer avant qu’une décision judiciaire se dessine autour de la clause d’opting out et du transfert des droits de vote majoritaire détenus par la famille Burkard à Saint-Gobain.

– Dans cette affaire, votre siège de président du conseil d’administration de Sika est en jeu…

– Je ne défends pas mes propres intérêts, mais ceux de l’entreprise. En effet, on m’a proposé un poste de vice-président dans la nouvelle entité propriété de Saint-Gobain aux mêmes conditions de rémunération. Je l’ai refusé car je ne crois pas à une saine croissance des affaires de l’entité Sika dans une situation de concurrence avec Saint-Gobain.

– Vous avez eu un entretien avec le conseiller fédéral Johann Schneider-Ammann. Espérez-vous qu’il intervienne dans ce dossier comme il l’avait fait pour faire revenir Novartis en arrière lors du projet de fermeture de l’usine de Prangins?

– Tous les appuis, y compris politiques, sont utiles dans notre situation. J’ai connu Johann Schneider Ammann lors de mes activités à Swissmem. Je voulais simplement l’informer de l’état du dossier.