La Suisse est le lieu de villégiature préféré des Suisses. Une enquête de Suisse Tourisme le révélait déjà il y a quelques années, mais ce constat est encore plus vrai depuis le début de l'année: de janvier à juin, le nombre de Suisses en voyage à l'intérieur de leurs frontières a augmenté de 3% par rapport à la même période de l'année dernière. Durant le premier mois de l'été, cette croissance a même gagné encore deux points de pourcentage. Et là, Suisse Tourisme reconnaît être surpris et réconforté. Surtout que depuis six mois, les étrangers ont globalement boudé le petit pays au point que l'augmentation du nombre de nuitées n'est redevable qu'aux indigènes. Toutefois, les perspectives pour l'hiver sont favorables.

En juin, l'hôtellerie a connu une progression de 1,4% des nuitées (+40 000, à 2,83 millions) malgré des conditions climatiques difficiles. Ce résultat, supérieur de 3% à la moyenne des mois de juin des cinq dernières années, est d'autant plus remarquable que le congé pascal est tombé en mai et non en juin comme l'an dernier. Entamée il y a deux ans, la croissance du secteur touristique s'est établie à 0,4% (+60 000 à 15,52 millions de nuitées) pendant les six premiers mois de l'année malgré les avalanches et les inondations. Mais durant les deux périodes considérées, les visiteurs étrangers étaient à la traîne: –0,7% en juin 1999 et –1,4% durant le premier semestre.

Retour des Japonais

Ce sont surtout les Américains qui ont déçu les attentes des professionnels: troisième plus importante catégorie de voyageurs en Suisse, ils ont été 8,3% de moins qu'en juin 1998 à y passer leurs vacances le mois dernier (–4,5% durant le premier semestre). Tant de l'avis de l'Office fédéral de la statistique (OFS) qui publie ces chiffres que de Suisse Tourisme, la guerre au Kosovo a effrayé les voyageurs d'outre-Atlantique. Surprenant? Peut-être mais, relève Thomas Lüthi de l'OFS, les Américains avaient eu le même réflexe lors de la guerre du Golfe en 1991. Toutefois John Geissler, responsable des études de marché auprès de Suisse Tourisme, est optimiste. Les Américains devraient rééquilibrer ce déficit durant le second semestre, aidés en cela par un dollar fort.

Ceux que l'on risque de peu revoir cette année en revanche, ce sont les Français et les Belges, déjà en nombre plus faible depuis le début de l'année. Plusieurs lieux de villégiature tenus par des grands tours opérateurs très prisés de ces deux nationalités sont fermés cet été. Par contre, John Geissler souligne le retour des Japonais (+3,6% en juin contre –4,9% durant les six premiers mois) et l'arrivée spectaculaire des Indiens (+35% en juin).

«Nous devons toujours trouver de nouveaux marchés. L'Inde en est un d'importance», se réjouit John Geissler. Contrairement à ce qui se passe dans d'autres pays européens, la provenance des touristes en Suisse est très diverse. L'apparition de visiteurs de nouvelles provenances est capitale car, selon John Geissler, la fidélité des voyageurs à un pays baisse depuis dix ans. C'est que le consommateur a de plus en plus l'embarras du choix, et ceci à des prix très concurrentiels. Dans ce contexte, la résistance des Suisses, dont un nombre croissant voyage dans son propre pays, est à relever tout particulièrement.