Economie

La Suisse attire de moins en moins les travailleurs étrangers, mais les femmes y sont plus laborieuses

Marché du travail. Dans leur dernier rapport, les statisticiens fédéraux brossent un portrait peu reluisant du travail de la femme sur le marché suisse. Sous-représentées dans l'élite, elles travaillent trop souvent par contrainte alimentaire

«Après six ans de ralentissement économique, on assiste à une embellie conjoncturelle; en 1997, le Produit intérieur brut s'est accru, en termes réels, de 1,7% et la situation sur le marché du travail est en constante amélioration.» Mettons un bémol à cette envolée optimiste rapportée dans le dernier rapport de l'Office fédéral de la statistique (OFS) sur les comptes globaux du marché du travail (CMT), lesquels ont notamment pour objectif d'établir un lien entre la statistique du marché du travail et celle de la population. Ces deux dernières années, les immigrations des travailleurs ont été plus rares que les émigrations. La Suisse se retrouve avec un déficit migratoire de 13 000 personnes. La conclusion est sèche: en termes de conditions de travail et de salaire, notre pays a perdu de sa superbe par rapport à nos voisins. Mais un autre constat s'impose et les statistiques encore fraîches ne font que confirmer cette tendance. Les femmes sont de plus en plus nombreuses à s'investir dans un emploi et leurs journées sont de plus en plus longues. En cinq ans, la proportion des personnes du sexe prétendu faible par rapport à l'ensemble des actifs est passée de 39,8% à 42,2%. Cette tendance pourrait être une bonne nouvelle pour une lectrice assidue de Simone de Beauvoir. Mais, cette perspective est écornée une fois considérée la qualité de l'emploi. En effet, les femmes sont sous-représentées dans les professions libérales et les positions supérieures (seulement 20% des dirigeants et des cadres) alors qu'elles sont surreprésentées dans les catégories des travailleurs non qualifiés, avec près de 70% des actifs de ce groupe. Le prix de l'indépendance est-il si cher payé? Est-ce par choix ou par obligation que bon nombre d'entre elles se présentent sur le marché de l'emploi? L'outil statistique ne peut que rendre grossièrement compte de ces comportements. Comme le souligne le rapport, «les femmes ne sont pas toutes entrées dans la vie active de leur plein gré». Nombreuses sont celles qui ont été contraintes de faire le saut en raison de la fragilité de l'emploi de leur partenaire. Elles permettent ainsi au ménage de bénéficier d'un salaire d'appoint. Un parachute de secours en quelque sorte. La Suisse n'est d'ailleurs pas un cas isolé (lire à cet égard Le Temps de l'Emploi du 16 octobre). Pour d'autres, ce sont les insuffisances du revenu du foyer en raison de l'explosion de certaines dépenses obligatoires telles que l'augmentation des primes d'assurance maladie ou certains coûts de formation des enfants. Pour les moins chanceuses, d'un point de vue économique, c'est un divorce ou une séparation des biens qui sont à l'origine de leur entrée fracassante dans la vie active. Mais une chose est sûre: si la plupart d'entre elles ont un emploi à temps partiel, les réponses montrent que leur temps de loisir se rétrécit toujours plus. Paradoxe? L'enquête sur la population active (ESPA 97) révèle que les femmes consacrent en moyenne 4,4 heures par jour aux tâches ménagères, soit deux fois plus que les hommes. L'allocation du temps entre diverses activités devient même un casse-tête pour les familles nucléaires. Dans 90% des ménages de couples avec un enfant de moins de 15 ans, le travail ménager prend en moyenne 7 à 8 heures par jour, week-end compris. Conclusion. Si, pour les cohortes féminines, le travail à mi-temps est légion, c'est parce qu'elles travaillent bien 12 heures par jour!

*Economiste, Université de Neuchâtel et New York University.

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