Place financière

La Suisse a besoin de grandes banques, selon l'ASB

Les établissements chinois et américains sont en train de prendre plusieurs longueurs d’avance sur l’Europe, estime l’Association suisse des banquiers

L’Association suisse des banquiers (ASB) est inquiète. Elle a dressé une comparaison des grandes banques mondiales, montrant que les établissements américains et chinois ont non seulement grandi plus vite mais génèrent de meilleurs rendements que leurs rivaux européens, qui ont eu tendance à rapetisser depuis 2008.

«Il est préoccupant de constater que la capitalisation boursière des banques américaines a augmenté comme si la crise n’avait jamais existé», déplore Martin Hess, responsable politique économique de l’ASB, dans un papier de réflexion publié lundi matin. Il reconnaît que les banques suisses ont dû voir leur bilan se réduire pour limiter les risques systémiques, mais se demande si cette taille limitée n’est pas une «marque de faiblesse». Il reprend même une étrange comparaison, celle d’un «Marignan des banques suisses», défaites par les établissements américains, un «phénomène» dont il estime qu’il «affecte bien davantage encore certaines banques européennes, ce qui n’a rien de réconfortant».

L’Europe fragmentée

En cause, une meilleure et plus rapide gestion de la crise outre-Atlantique, avec le soutien du gouvernement, qui a permis de créer des banques «de plus en plus grandes, bien préparées pour affronter l’avenir», juge Martin Hess. A l’inverse, l’Europe a passé trop de temps à évaluer les responsabilités dans la crise et pas assez à restructurer son paysage bancaire, tandis que l’Union bancaire piétine, affirme-t-il.

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C’est ainsi que le secteur financier du continent reste fragmenté, «cantonné à ses frontières nationales». «Or l’Europe a besoin de grandes banques pour affronter la concurrence accrue venue d’outre-Atlantique, mais aussi des non-banques qui, grâce à des modèles d’affaires numériques, peuvent sortir indemnes des crises», prévient le spécialiste de l’ASB.

La Suisse, à mi-chemin

A lire son rapport, la Suisse se trouve quelque part à mi-chemin. D’un côté, il souligne le rôle des banques dans la gestion de fortune et leur solidité financière retrouvée. D’un autre, il regrette que «les écarts de taille et de rentabilité entre les banques suisses et américaines indiquent aussi qu’elles ne sont pas à armes égales. Cela pèse sur la compétitivité relative de notre pays.» Le risque, notamment lié à la réduction des activités de banque d’investissement: que l’économie suisse dépende d’institutions américaines pour l’accès aux capitaux ou financer des fusions.

Enfin, l’ASB rappelle l’importance d’un rayonnement au-delà des frontières: «Pour être une place financière internationale, la Suisse a besoin de banques internationales, synonymes d’emploi et de capacité d’influence.»

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