Travail

La Suisse a encore besoin des papy-boomers

Il manquera un demi-million de travailleurs à l’économie helvétique dans les dix prochaines années. Faute d’immigration suffisante, la seule solution passe par remettre en selle les retraités, selon une étude d’UBS

A Berne, la bataille électorale autour du projet de loi Prévoyance 2020 a déjà commencé. Mais la réforme – qui doit notamment relever progressivement l’âge de la retraite pour les femmes à 65 ans – ne sera pas suffisante pour assainir à moyen terme le système de prévoyance vieillesse, d’après une récente étude d’UBS, Generation Silver in the Labor Market, publiée jeudi.

Sur les dix prochaines années, 1,1 million de personnes supplémentaires atteindront l’âge de la retraite en Suisse (soit 690 000 équivalents plein-temps). Même avec l’immigration actuelle, la perte nette d’emplois devrait atteindre près d’un demi-million. Seule solution viable: valoriser la main-d’œuvre fournie par les papy-boomers, expliquent les analystes d’UBS.

Du déambulateur au bureau

Domotique, soins à domicile ou logiciels de conduite assistée: les perspectives offertes par la «Silver Economy» étaient la plupart du temps associées à des solutions visant à remédier au manque d’autonomie. Mais l’allongement de la durée de vie et l’amélioration de la santé des retraités poussent à flexibiliser l’âge de départ à la retraite. «Ce n’est pas qu’une question de main-d’œuvre qualifiée, mais aussi de maintien des prestations de notre système social», fait valoir Veronica Weisser, cheffe des investissements chez UBS et coauteure de l’étude.

En 2060, les coûts des soins devraient être multipliés par trois et deux fois plus de personnes se trouveront à l’AVS. Parmi ces rentiers, 15% dépasseront les 90 ans, contre 5% actuellement, souligne l’étude. A la suite de l’acceptation de l’initiative «Contre l’immigration de masse» en février 2014 par les citoyens suisses, la seule solution pour maintenir un ratio travailleurs/retraités soutenable consiste à flexibiliser le marché du travail, pour les analystes d’UBS.

Diminuer le salaire net des quinquas

Parmi les mesures préconisées, permettre aux retraités de travailler après 65 ans ou de quitter progressivement le marché du travail en aménageant des horaires plus souples et moins de pression à la productivité. Ou instaurer des contrats de travail fixant une rémunération brute mais pas de salaire net. «Les cotisations sociales augmentent avec l’âge. Ce qui signifie que, sans même obtenir de hausse de salaire, le travailleur peut voir son attractivité diminuer sur le marché de l’emploi», explique Veronica Weisser.

Un contrat flexible permettrait ainsi de diminuer le salaire net d’un employé autour de 50 ans quand sa part de cotisation vieillesse augmente. Une mesure délicate à faire passer auprès des salariés? «C’est aussi un âge où les enfants quittent la maison et les charges diminuent, nuance Veronica Weisser. Et, pour certaines PME, c’est la seule solution possible pour garder ces travailleurs qualifiés.»

En comparaison internationale, les Suisses de plus de 50 ans sont – avec un taux de 71,9% – parmi les plus intégrés sur le marché de l’emploi, selon l’OCDE. C’est pourtant bien cette catégorie de population qui a le plus de mal à retrouver un emploi.

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