Malgré la force du franc, le secteur du tourisme en Suisse commence à redresser la barre. De manière modeste durant la prochaine saison d’hiver, puis de manière plus marquée l’été prochain, anticipe l’institut KOF qui a présenté vendredi à Zurich ses dernières prévisions pour le secteur. «Le tourisme reste un marché de croissance», observe Jan-Egbert Sturm, directeur du KOF, le centre de recherches conjoncturelles de l’EPF de Zurich. L’institut juge l’impact de la crise du franc comme plus faible que ce qu’il avait estimé ce printemps. Deux facteurs soutiendront le secteur: en plus du cours de la devise helvétique, qui devrait se stabiliser aux environs de 1,10 franc par euro tout en continuant de s’affaiblir face au dollar, la consommation privée s’améliorera aussi l’an prochain, en particulier aux Etats-Unis et en Suisse.
En Suisse, le nombre de nuitées devrait légèrement croître de 0,1% durant la saison hivernale à venir, suivie par reprise plus marquée l’été prochain (2,6%). Le rôle joué par la clientèle helvétique et étrangère diffère largement durant les deux périodes. Cet hiver, le nombre de nuitées des clients helvétiques devrait augmenter de 1,1%, contrebalançant le recul attendu pour les étrangers (-0,7%).

La Suisse, une destination d’été
Cet hiver, une nouvelle chute des nuitées des touristes allemands (-9,7%) est attendue, après un recul de 14,8% l’été dernier. A l’inverse, les Américains (6,8%) devraient être plus nombreux que l’an dernier, tout comme les Français (4,1%) et les touristes en provenance d’autres pays (1,6%), notamment émergents.
La saison d’été est la plus importante en termes de nuitées en Suisse. Plus de 20 millions de nuitées ont été enregistrées durant la saison d’été, comparé à près de 16 millions durant celle d’hiver. «La Suisse est une destination d’été», qualifie Jan-Egbert Sturm.
Les écarts continuent de se creuser entre les différentes régions. Durant l’année touristique 2015 (novembre à octobre), la Suisse centrale devrait afficher la plus forte croissance du nombre de nuitées (4,8%), tout comme l’Oberland bernois (1,1%) et Vaud (0,6%). A l’inverse, le Tessin (-5,7%), les Grisons (-4,2%) et le Valais (-2,4%) devraient subir les plus fortes baisses.

Les écarts se creusent
Cette tendance se vérifie sur la durée: sur dix ans, la Suisse centrale et Vaud ont vu le nombre de nuitées progresser de 15 à 20%, alors que les Grisons en ont perdu près de 15% depuis 2006. La Suisse centrale tire parti de la clientèle toujours plus nombreuse en provenance des pays émergents tels que la Chine ou l’Inde, très présente à Lucerne. A l’inverse, les Grisons souffrent de la désaffection de la clientèle allemande, autrefois beaucoup plus nombreuse. Quant à Vaud, Florian Hälg, co-auteur de l’étude, observe que ce canton présente beaucoup de caractéristiques d’une région urbaine, ce qui explique son dynamisme. L’optimisme reste de mise pour le canton du bord du Léman: après une légère hausse de 0,6% du nombre de nuitée sur Vaud durant l’année touristique 2015, la progression devrait se poursuivre en 2016 (3,2%) et 2017 (3%).