Les impressions peuvent être trompeuses. «Une augmentation des inégalités sur les revenus et les fortunes? Les faits montrent que tel n’est pas le cas. La Suisse est l’un des pays les plus équitables au monde», a déclaré à la presse vendredi à Zurich Patrik Schellenbauer, économiste auprès d’Avenir Suisse, à l’occasion de la sortie d’une publication sur le sujet.

En termes de revenu par actif à plein-temps, la Suisse est le pays le plus égalitaire, selon le coefficient de Gini (0,24). La Suisse est même devenue plus égalitaire que la Suède, théâtre récent de manifestations sur ce sujet. Mieux encore, le degré d’inégalité a légèrement diminué depuis 1998 en termes de revenu disponible, alors qu’il s’est accru dans la plupart des autres pays, selon Avenir Suisse.

La Suisse est non seulement équitable mais également très prospère en comparaison internationale. En termes de revenu par habitant, seuls la Norvège et le Luxembourg, dans l’OCDE, font mieux que la Suisse. Mais sans le secteur pétrolier, la Norvège retomberait au niveau de la Suisse. Quant au Luxembourg, le niveau élevé est essentiellement dû à la concentration du secteur financer.

L’explication de l’étonnante performance de la Suisse en termes d’équité provient de la flexibilité du marché du travail, affirme Avenir Suisse. «Contrairement aux perceptions, la flexibilité du marché du travail n’augmente pas les inégalités», selon Patrik Schellenbauer. Elle permet aux entreprises d’offrir des contrats à durée indéterminée, sachant qu’en cas de crise, celles-ci peuvent licencier. Cette flexibilité assure aux employés un taux de participation au marché du travail exceptionnellement élevé (82%), a souligné l’économiste. En somme, le fait que la plupart des Suisses aient un travail est un facteur plus important en termes d’inégalités que tous les écarts salariaux possibles, selon Avenir Suisse. En termes économiques, on dit que la répartition des revenus primaires (salaires et revenus du capital avant impôts et transferts) est plus équilibrée qu’ailleurs. Pour Gerhard Schwarz, les initiatives visant à réduire la flexibilité du marché, comme le salaire minimum et l’initiative 1:12 auraient un impact négatif à long terme sur l’emploi et sur la distribution des revenus.

Les Etats-Unis disposent aussi d’un marché du travail flexible, mais ce sont les champions de l’inégalité. Pour Patrik Schellenbauer, «l’iniquité américaine trouve ses racines dans le système de formation». En Suisse, le système dual assure une bien plus grande égalité que le modèle de formation élitiste des Etats-Unis.

Les syndicats helvétiques se sont plaints du nombre de personnes ayant fait un apprentissage et n’obtenant pas un salaire de 4000 francs. Pour Avenir Suisse, seuls 10% des quelque 400 000 personnes dans ce cas sont structurellement en difficultés (comme, par exemple, les mères célibataires). Or, «il vaut mieux offrir des transferts ciblés pour ces personnes que d’introduire des rigidités sur le marché», juge Avenir Suisse. Les 90% restant sont soit des jeunes ayant des perspectives ultérieures d’augmentation de revenu, soit des membres d’un ménage qui compte déjà un salarié et qui ne risque donc pas de se retrouver dans la pauvreté.

En termes de fortune, l’inégalité est plus élevée en Suisse qu’ailleurs (Gini 0,81). Avenir Suisse estime que les statistiques suisses sont très lacunaires. La moitié de la fortune des Suisses n’y figure pas et cette autre moitié serait plus équilibrée. Les 1378 milliards des statistiques ne prennent pas en compte le deuxième pilier (750 milliards), l’AVS (350 milliards), le troisième pilier (78 milliards) et l’immobilier (400 milliards). L’AVS par exemple est un paiement régulier sur une longue période et peut être considéré comme un capital. Or, c’est une fortune équitablement répartie.

«Contrairement aux perceptions, la flexibilité du marché du travail n’augmente pas les inégalités»