Reportage

La Suisse cherche des pépites dans les sciences de la vie en Grande-Bretagne

L’Arc lémanique est soucieux de combler, par un coup de pouce anglais, le trou laissé par Merck Serono

La Suisse cherche des pépites dansles sciences de la vie en Grande-Bretagne

Reportage L’ambassade suisse facilite le réseautage économiqueà Cambridge

Les start-up biotechs romandes sont très intéressées à combler le trou laissé par Merck Serono

Nuno Alves repose bruyamment sa pinte de bière ale sur la table rustique du pub, geste appris par le Portugais durant son intégration universitaire au sein de l’un des 31 fameux «colleges» de Cambridge, dans un décor digne d’Harry Potter.

En face de ce doctorant en biologie, qui a fondé avec des étudiants Innovation Forum, une petite société internationale destinée à tisser des liens entre universités, start-up et organisations d’aide à l’investissement, deux patrons de petites entreprises suisses innovantes dans les sciences de la vie répondent de manière décontractée à ses questions très pointues.

C’est l’avant-goût d’une réunion plus formelle qui se déroulera le lendemain dans l’un des onze parcs technologiques de Cambridge, afin de mettre en relation une cinquantaine de petites entreprises et d’organisations suisses et britanniques. La manifestation, qui a eu lieu mercredi et à laquelle Le Temps a été convié, a été conduite par l’ambassade suisse en Grande-Bretagne et One Nucleus, organisation britannique regroupant 470 sociétés, afin de stimuler les échanges commerciaux basés sur l’innovation dans les sciences de la vie.

Certains avaient déjà commencé la veille. A Cambridge, l’effet cafétéria, expression qui désigne la stimulation de l’innovation par les rencontres informelles entre scientifiques, s’est donc parfois transformé en effet pub. Existe-t-il d’ailleurs, pour stimuler les neurones, un meilleur endroit que le pub Eagle, là même où l’Américain James Watson et le Britannique Francis Crick ont, dans les années 1950, développé la théorie de l’ADN basée sur la double hélice? L’un des interlocuteurs de Nuno Alves s’appelle Nasri Nahas, patron de la société Spinomix, basée au parc de l’innovation de l’EPFL. Spécialisée dans la mise au point de méthodes de diagnostic rapide par ciblage de molécules, notamment l’ADN, à partir d’échantillons de sang, d’urine ou d’extraits d’aliments, elle occupe une dizaine de personnes. Avec quelles attentes s’est-il déplacé à Cambridge? Généralement, la réponse donnée par les start-up lors de leur participation à une manifestation de réseautage est vague, du type: «Nous cherchons des collaborations pour faire avancer nos projets.» Nasri Nahas hésite un peu, puis, avec un petit sourire embarrassé, confirme: «Je suis venu chercher de l’argent. En Suisse, il est assez facile d’obtenir des crédits de démarrage de quelques millions de francs, mais, contrairement à la Grande-Bretagne, il y a un grand vide dans le capital-risque, lorsqu’il faut passer à la phase de développement d’une société.»

Jorgi Camblong, patron de Sophia Genetics, société également installée à l’EPFL, confirme aussi vouloir élargir, par des contacts pris à Cambridge, le financement de l’entreprise de diagnostic ADN en relation avec une soixantaine d’hôpitaux en Europe. «Nous espérons être rentables dès 2017.»

Bertrand Ducrey, patron de Debiopharm international, société employant 350 personnes installée à Lausanne, s’inquiète. «L’Arc lémanique n’est plus très compétitif dans les sciences de la vie. La région souffre du départ de Merck Serono, Shire et Alexion. Le tissu économique de ce secteur s’est affaibli et une foison de start-up ne remplacera pas ce trou dans le réseau.»

Présent à Cambridge à la recherche de nouveaux partenaires de développement de molécules pharmaceutiques sous licence, notamment dans le traitement des maladies auto-immunes comme le psoriasis, Bertrand Ducrey critique également le manque de financement des «deuxièmes tours». «Debiopharm n’a pas de problème car les fonds viennent de la famille fondatrice Mauvernay, mais on voit que les nouvelles entreprises des sciences de la vie peuvent difficilement se développer sans du capital-risque avec une partie de fonds publics.»

La Grande-Bretagne, numéro un dans le domaine en Europe, dispose de nombreux fonds de ce type et offre des rabais fiscaux importants (25%) basés sur les dépenses de recherche et développement. De quoi intéresser les innovateurs basés en Suisse.

L’Arc lémanique perd du terrain à cause du manque de capital-risque soutenu par les pouvoirs publics

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