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Comme c’est déjà le cas en France, Uber pourrait à l’avenir financer une assurance à ses chauffeurs suisses en cas d’accident.
© Angelo Merendino

Travail

La Suisse cherche un statut pour les chauffeurs d’Uber

La plateforme de transport se dit prête à améliorer la couverture sociale de ses utilisateurs-chauffeurs. Le SECO considère qu’ils sont des employés, alors que le Conseil fédéral envisage un statut hybride, entre salariés et indépendants

Quel statut pour les chauffeurs d’Uber? Le Conseil fédéral envisage un statut hybride, entre salariés et indépendants, qui fournirait une couverture sociale minimale, tandis que le Secrétariat d’Etat à l’économie les considère comme des employés. La plateforme de transports se dit prête à offrir davantage de protection à ses chauffeurs, y compris en Suisse. Tout en étant limitée par le risque que de nouvelles prestations les fassent apparaître comme des employés.

Pour Uber, ses chauffeurs sont «parfaitement indépendants», car «ils maîtrisent leur emploi du temps et leur risque économique», explique le directeur général d’Uber Suisse romande, Alexandre Molla, qui participait jeudi à une table ronde d’Avenir Suisse sur les défis sociaux posés par les nouvelles formes de travail.

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Dépasser une vision binaire

La justice n’est pas d’une grande aide pour trancher ce débat, avec des verdicts allant dans les deux sens. L’enjeu est d’importance car une entreprise doit payer des cotisations sociales pour ses employés, mais pas Uber ou AirBnb, qui se définissent comme des plateformes d’intermédiation.

Mais cette vision binaire, entre les figures classiques du salarié et de l’indépendant, n’est plus adaptée à la réalité, poursuit Alexandre Molla: «Il faut maintenant définir les niveaux de responsabilités des plateformes comme la nôtre, en matière de protection sociale, de couverture contre les accidents ou la maladie; or le cadre réglementaire actuel n’apporte pas de réponses.»

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Il se dit favorable à davantage de social en faveur des quelque 3000 chauffeurs actifs en Suisse, dont la moitié en Suisse romande. Des assurances pourraient fournir une couverture minimale obligatoire et offrir des options supplémentaires pour la perte de gains ou l’accident. Uber finance une couverture sociale en cas d’accident à ses chauffeurs français, «la réflexion est en cours en Suisse et en Europe», précise encore Alexandre Molla. On se rapprocherait alors d’un statut hybride, comme si des indépendants recevaient des prestations supplémentaires.

Qui paierait?

Reste la question du financement de ces assurances. Les chauffeurs seraient limités par la faiblesse de leurs revenus. Selon une récente étude du MIT de Boston, contestée par Uber, le bénéfice médian dégagé par un chauffeur Uber aux Etats-Unis s’élèverait à 8,55 dollars de l’heure (8,10 francs), 54% d’entre eux gagneraient moins que le salaire minimum, et 8% perdraient de l’argent en travaillant pour Uber. Avec une autre méthodologie, le même chercheur arrive à un chiffre de 10 dollars de l’heure. Selon Uber, le chiffre réel serait de 13 dollars de l’heure. Aucune donnée n’existe pour la Suisse.

L’entreprise elle-même pourrait-elle payer? Oui, même si elle a perdu 4,5 milliards de dollars en 2017, contre 2,8 milliards en 2016, avec 80% de ses revenus qui sont absorbés par les rémunérations des chauffeurs et les rabais consentis aux clients. Mais cette perte fait partie de la stratégie d’Uber, calquée sur celle d’Amazon: «manger», à perte, le plus de marchés possible.

Lire aussi: A coups de milliards perdus, Uber veut imiter la stratégie d’Amazon

Alexandre Molla ne fournit pas de détails sur ce que l’entreprise serait prête à dépenser pour améliorer la situation de ses chauffeurs. La rentabilité de l’activité devrait être préservée et une partie serait facturée au client final, reconnaît-il. Avant de soulever un paradoxe: plus Uber fournirait de prestations sociales à ses chauffeurs et plus ces derniers seraient susceptibles d’être requalifiés en tant que salariés. Ce qui explique aussi son plaidoyer pour une évolution du cadre réglementaire.

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