L’euphorie affichée à l’été 2010 est retombée. Doris Leuthard, alors cheffe du Département fédéral de l’économie (DFE), rapportait de Pékin le feu vert pour l’ouverture des discussions sur un accord de libre-échange. Cependant, le niveau de confiance reste tout de même élevé dans la capitale, à l’entame d’un sixième round de négociations. «Il y a encore beaucoup d’obstacles, mais je suis convaincu que cet accord peut être finalisé avant la fin 2012», a glissé Johann Schneider-Ammann, lundi matin, avant même de rencontrer dans la capitale chinoise le ministre chinois du Commerce, Chen Deming.

Dans l’entourage du chef du DFE, personne ne semble penser que le processus puisse être ralenti par le renouvellement prochain des cadres du Parti communiste. Même si l’ordre des priorités économiques devrait évoluer, avec l’entrée en fonction de la 5e génération de dirigeants cet automne, rien ne saurait endiguer le bon déroulé des discussions, fait-on comprendre en substance aux membres de la presse.

Pékin a aussi des requêtes

«Bien sûr, la Suisse est demandeuse, indique Johann Schneider-Ammann. Aujourd’hui, nous avons parlé industrie. C’est une priorité, en raison de l’importance des volumes d’échange.» Une fois l’accord entériné, les exportateurs suisses bénéficieraient d’un accès facilité, ou au moins non discriminatoire, aux marchés chinois et aux appels d’offres. Un allégement des taxes à l’importation est également au programme. «Il devrait se faire graduellement, j’ai proposé un délai de cinq ans», rapporte le conseiller fédéral à l’issue de la discussion «constructive» qu’il a menée avec Chen Deming, une heure et demie durant.

Côté financier, un membre de la délégation, cadre d’UBS, a directement demandé à Chen Deming de faciliter l’accès au marché chinois pour les banques suisses, témoigne-t-il. Et donc? «Il a pris note.» D’ici à septembre, date à laquelle est déjà fixé le prochain rendez-vous, la Suisse va par ailleurs proposer de négocier par segments de produits agricoles, car «il y en a des complémentaires», selon Johann Schneider-Ammann, qui est accompagné d’une vingtaine de dirigeants d’entreprises helvétiques.

Toutefois, la Chine aussi a des requêtes. D’abord, elle veut montrer à l’Union européenne qu’elle peut aboutir à un accord commercial avec un pays de la région, avance le chef du DFE. La Suisse serait en effet le premier pays «européen» avec lequel elle conclurait une telle entente bilatérale. D’autre part, «la Chine est très intéressée par les savoir-faire suisses dans les domaines de la science, de la formation et de l’innovation», énumère-t-il.

La preuve? Après leur entretien bilatéral, les deux ministres ont symboliquement paraphé un protocole d’entente pour la création d’un Ecoparc industriel à Zhenjiang, au nord-ouest de Shanghai. A moyen terme, ce complexe, dont les contours ne sont pour l’heure que politiques, doit faire cohabiter des entreprises suisses et chinoises et aboutir à une sorte de cluster des énergies propres. Cette déclaration d’intention est l’un des jalons menant à l’accord de libre-échange, confirme un officiel. «Nous allons proposer aux entrepreneurs suisses de s’impliquer dans ce projet, mais il n’y a rien d’obligatoire», précise le chef du DFE.

Droits humains en annexe

Alors que, dans une lettre ouverte au conseiller fédéral publiée dans plusieurs médias dont Le Temps, Alliance Sud, La Déclaration de Berne et trois autres ONG lui ont demandé d’intégrer une clause sur le respect des droits humains et sociaux, Johann Schneider-Ammann a indiqué qu’ils ne le seraient pas, mais qu’ils feraient par contre l’objet d’un accord annexe.