La Suisse coopérera avec la justice argentine dans une affaire de blanchiment d’argent présumé. Les autorités helvétiques transmettront des informations relatives à dix comptes bancaires associés à Lázaro Báez ou à ses proches. Cet entrepreneur, proche des Kirchner, a fait fortune pendant les 12 ans de mandat de l’ancien couple présidentiel.

«Après l’examen sommaire quant aux exigences formelles, l’Office fédéral de la justice a transmis la demande d’entraide judiciaire relative à l’affaire Baez au Ministère public de la Confédération (MPC) pour exécution», informe son porte-parole Folco Galli, confirmant une nouvelle avancée par l’AFP.

La demande d’entraide judiciaire porte sur six comptes bancaires établis dans la filiale genevoise de la banque J. Safra Sarasin, deux comptes chez Lombard Odier, un compte dans la succursale genevoise de Citibank et un autre chez PKB à Lugano, selon le document signé par le juge Sebastián Casanello et daté du 17 août, que Le Temps a pu consulter.

Des sociétés panaméennes comme couverture

Quatre de ces comptes ont été ouverts au nom de sociétés panaméennes: Foundation Kinsky, Fromental Corp, Tyndall Limited Inc et Teegan Inc. Un autre compte appartient à la société luganaise Helvetic Services Group, détenue par le résident suisse Néstor Marcelo Ramos, considéré par la justice argentine comme l’homme de paille de Lázaro Báez.

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L’entrepreneur, actif dans la construction, est soupçonné d’avoir organisé entre 2012 et 2013 l’évasion de 55 millions d’euros (environ 60 millions de francs) de fonds publics argentins puis lle rapatriement – via la société luganaise – des trois quarts de cette somme. Une affaire connue comme la «route de l'argent K (pour Kirchner ndlr.)» en Argentine. La procédure lancée par le juge Casanello cherche à «reconstruire les étapes intermédiaires de la chaîne de blanchiment» d’argent.

Du côté de Lombard Odier, on informe que l’on «ne se prononce pas sur une affaire en cours». J. Safra Sarasin n’a pas non plus souhaité s'exprimer.

La balle est désormais dans le camp du Ministère public de la Confédération qui accuse réception de la demande d’entraide, «actuellement en cours d’analyse afin d’évaluer formellement la possibilité d’une entrée en matière», explique un porte-parole. En décembre 2014, une enquête de vingt mois menée par le MPC n’avait pas permis de conclure que ces mêmes fonds étaient «d’origine corruptive», selon l'ordonnance de classement. L’affaire avait été classée et la Confédération avait dû prendre à charge les frais de procédure.

En l’état, rien n’indique encore que la «route de l'argent K.» puisse être remontée jusqu'au bout.