Empreinte

La Suisse consomme deux fois plus de matières premières que ses voisins

Construction et métaux précieux pèsent lourd dans un nouveau mode de calcul qui révèle l’«empreinte matérielle» helvétique. Celle-ci atteint 34,4 tonnes par habitant par année, contre 18,4 tonnes en Europe

La Suisse consomme nettement plus de matières premières par habitant que la moyenne européenne. Son empreinte est équivalente à 34,4 tonnes de matières premières par habitant en 2013, en tenant compte des volumes destinés à l’exportation (Raw Material Input – RMI), contre 18,4 en moyenne européenne. C’est surtout le commerce d’or, d’argent et de métaux précieux qui élève ce RMI.

En tenant uniquement compte des biens consommés en Suisse (Raw Material Consumption – RMC), notre pays a utilisé 17,1 tonnes de matières premières par habitant en 2013, contre 14 en moyenne européenne et 10 en moyenne mondiale. Les matériaux destinés à la construction sont les plus consommés en Suisse.

Ce calcul, utilisé par la Suisse à titre pilote et basé sur une nouvelle modélisation européenne, estime la quantité de matières premières extraites pour produire ce qui est consommé et exporté depuis la Suisse.

Un téléphone portable ne pèse ainsi pas la même chose si l’on considère uniquement son propre poids ou si l’on tient compte des tonnes des matières premières qu’il a fallu extraire pour le fabriquer et le transporter. Ce second chiffre est ce que l’on appelle l’«empreinte matérielle» d’un pays.

«Le but de ce nouveau calcul, encore en phase de consolidation, est de quantifier les matières premières qui ont été utilisées à l’étranger et en Suisse pour couvrir nos besoins. Il permet d’obtenir des indicateurs comparables entre pays, quelle que soit la richesse de leur sol en matières premières», explique Florian Kohler, auteur du rapport de l’OFS sur le sujet. Ce calcul ne tient compte que des produits qui passent la frontière suisse, mais pas du négoce de matières premières.

Un calcul qui change la perception de la Suisse

Pour la Suisse, qui importe la majeure partie des matières premières qu’elle utilise, souvent déjà en partie transformées, ce calcul change considérablement son empreinte économique et écologique.

La consommation intérieure suisse telle qu’elle est traditionnellement calculée (DMC) est multipliée par 1,5 pour obtenir son équivalent matière première. Si l’on tient compte aussi des produits qui sont exportés (DMI), il faut multiplier ce chiffre par deux pour obtenir un équivalent matière première. «La différence entre RMI et RMC s’explique par les exportations. La Suisse exporte des produits finis qui, en équivalent matières premières, pèsent passablement», explique Florian Kohler.

L’augmentation du RMI suisse, alors que le RMC reste stable, s’explique aussi par une augmentation des exportations. «En absolu, la somme des entrées (des flux de matières premières alimentant la Suisse) a augmenté de 19% entre 2000 et 2013 avec un recul temporaire en 2009 suite au ralentissement économique provoqué par la crise financière mondiale», calcule le rapport précité. «… La somme des sorties (exportations en équivalent matières premières) a augmenté de 30% depuis 2000.»

Le poids des montres et des bijoux

L’empreinte matérielle suisse, y compris les exportations (RMI), se compose en 2013 pour 13,2% de biomasse (aliments, bois), 31,4% de métaux, pour 33% de minéraux et pour 22,3% de produits fossiles.

Une bonne moitié de la part des métaux concerne l’or, l’argent et les autres métaux précieux. «La masse de métaux précieux importée ou exportée reste relativement faible. Cependant, leur équivalent matières premières est très important, car il est nécessaire d’extraire de grandes quantités de minerais pour obtenir quelques grammes de métaux précieux», poursuit Florian Kohler. «Les métaux précieux exportés, par exemple sous forme de montres ou de bijoux, expliquent ainsi en partie pourquoi les exportations en équivalent matières premières de la Suisse sont élevées». La courbe ascendante de la consommation de métaux connaît une brève baisse en 2009, liée à la crise économique mondiale.

La consommation intérieure des minéraux non métalliques, principalement du sable et du gravier utilisés dans la construction, a augmenté de 13% entre 2000 et 2012 pour atteindre 62 millions de tonnes. C’est le 45% des matières premières consommées en Suisse.

La consommation de matière première augmente beaucoup en Suisse, surtout en lien avec les exportations de métaux précieux et la forte demande intérieure de construction. Mais l’efficacité matérielle, c’est-à-dire la quantité d’argent produit pour un kilo de matière première, augmente ces dernières années. «Cela peut être pour des raisons d’amélioration technologique, de l’utilisation accrue de matières premières secondaires issues du recyclage, ou parce que le type de production a changé», énumère Florian Kohler.

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