L’alliance Boussole/Europe, adversaire de l’accord-cadre qui a été enterré en mai par le Conseil fédéral, a présenté vendredi à Berne un livre blanc sur le système d’électricité.

Ce mouvement, créé à l’initiative de trois directeurs du groupe financier Partners Group et réunissant plus de 1500 entreprises, promet d’apporter des solutions sectorielles pragmatiques aux défis de la Suisse et de maintenir les relations bilatérales avec l’UE.

L’objectif de cette alliance, qui se définit comme un groupe d’action, consiste à répondre à un défi majeur pour la Suisse. «La sécurité du réseau et de l’approvisionnement atteint ses limites et l’approvisionnement en électricité à l’échelle nationale n’est pas garanti à l’avenir», a déclaré Philip Erzinger, directeur de Boussole/Europe. La situation va même s’aggraver, à son avis.

Pénuries hivernales

L’urgence d’une action ressort de l’analyse saisonnière de l’offre et de la demande. En été, la Suisse, dont 60% de la production est hydroélectrique, est capable d’exporter son courant. Par contre, durant l’hiver «entre 15 et 18% des besoins de consommation de courant ne sont pas satisfaits», avertit Esther Peiner, responsable des projets d’infrastructure auprès du gérant Partners Group. La Suisse doit donc importer une partie significative de son courant durant cette période.

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En parallèle, l’UE, elle-même confrontée à des risques de pénurie en raison notamment des projets allemands de sortie de l’énergie nucléaire, rechigne à combler les lacunes de pays tiers tels que la Suisse.

Par ailleurs, pour Philip Erzinger, «la Stratégie énergétique 2050 développée par la Confédération est de facto une stratégie d’importation». Sa mise en œuvre n’est donc pas fiable. Des coupures de courant majeures sont possibles.

Après avoir présenté, ce printemps, une solution pour la medtech en matière de reconnaissance des produits, Boussole/Europe a mis sur pied une task force «électricité», sous la direction de Hans Schweickardt, ancien patron d’Alpiq et actuel vice-président de Polenergia, Esther Peiner, Kurt Bobst, ancien directeur de Repower, et Roberto Lombardini, ancien directeur d’Axpo. Ce groupe d’experts s’est efforcé d’établir six scénarios pour la Suisse. Parmi ceux-ci, elle estime que ceux du statu quo, de l’autosuffisance et des traités avec les pays voisins ne sont pas viables.

Investir dans les centrales à gaz

La solution proposée la plus originale consiste à investir dans les cinq ans dans le développement de la production d’électricité au moyen de centrales à gaz en grande partie neutres en carbone, indique Esther Peiner. Cette option résulte d’une analyse aussi bien économique qu’environnementale.

Elle part de l’hypothèse d’une poursuite de l’augmentation des besoins en électricité et de l’absence de capacités supplémentaires des énergies hydrauliques et éoliennes. Le solaire peut certes continuer de progresser, mais c’est une énergie intermittente qui ne résout pas le défi hivernal, selon les experts.

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Si les auteurs du livre blanc demandent de prolonger la durée d’exploitation des centrales nucléaires, lorsqu’elles sont sûres, ils ne croient pas à l’atome comme solution aux problèmes économiques et durables de la Suisse. La Confédération a décidé d’en sortir, mais certaines voix aimeraient reconsidérer la situation. L’hiver, le nucléaire assure 55% de la production d’électricité.

Les autres options peuvent être poursuivies, à savoir des contrats de droit privé entre gestionnaires de réseaux de transport et la tentative d’un accord intermédiaire avec l’UE.

Le livre blanc s’attarde aussi sur les questions de durabilité. Aujourd’hui, le bilan carbone de la production électrique suisse est très favorable, avec 53 grammes équivalents CO2 par kWh, contre 560 grammes en moyenne dans l’UE, selon Boussole/Europe. A cause des importations, le bilan de la consommation l’est moins, avec 113 grammes équivalents CO2 par kWh. L’absence de nouvelles capacités de production détériorerait donc le bilan carbone du pays puisqu’il faudrait importer davantage.

Un investissement peu coûteux

La solution des centrales à gaz serait non seulement durable mais pas trop chère, selon Boussole/Europe. L’installation de 3000 mégawatts coûterait 6 milliards de francs répartis sur quinze ans. Ce coût correspond à une hausse du prix annuel pour le consommateur de 0,65 centime par kWh. Les auteurs de l’étude ont évalué les sites éventuels et conclu que les régions qui accueillent des centrales nucléaires seraient des sites appropriés. Les lieux possibles se trouvent le long du réseau électrique. Face à de potentielles oppositions, il importe d’engager «une vaste campagne d’information sur l’urgence et le danger de la situation actuelle», affirme Hans Schweickardt.

Les huit points recommandés par Boussole/Europe pour mettre en œuvre cette option comprennent différentes innovations institutionnelles, comme la nomination d’un secrétaire d’Etat, lequel serait nommé par le Conseil fédéral pour s’occuper du dossier de l’électricité et œuvrer à une solution provisoire avec l’UE par le biais d’un accord également provisoire. Pour Hans Schweickardt, il est toutefois aussi important de lancer une vaste campagne d’information sur le danger de la situation actuelle.