Guerre commerciale

La Suisse conteste les surtaxes américaines à l’OMC

Le Conseil fédéral espérerait obtenir une exemption de la part des Etats-Unis de tarifs punitifs sur l’acier et l’aluminium. Sans réponse, il a porté plainte, mais se retient de prendre des mesures de rétorsion

La Suisse est devenue le huitième pays à contester officiellement les surtaxes américaines sur l’acier (25%) et l’aluminium (10%), en vigueur depuis le 23 mars dernier. Elle a déposé une plainte auprès de l’Organisation mondiale du commerce (OMC) lundi. Berne et Washington disposent maintenant de 60 jours pour négocier un compromis. Le cas échéant, l’affaire sera traitée par l’Organe de règlement de différends, le tribunal du gendarme du commerce mondial. A ce stade, Berne exclut des mesures de rétorsion.

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Avant la Suisse, la Chine, l’Union européenne, le Mexique, le Canada, l’Inde, la Norvège et la Russie avaient déjà interpellé l’OMC. Comme la Suisse, ces derniers contestent l’argument américain selon lequel l’importation de l’acier et de l’aluminium constitue une menace pour la sécurité nationale des Etats-Unis comme l’avance l’administration Trump pour justifier sa mesure. La Corée du Sud, le Japon, l’Argentine et le Brésil ont, eux, négocié des quotas qui limitent leurs exportations sur le marché américain.

«Nous y sommes contraints»

C’est la deuxième fois que Berne dépose une plainte auprès de l’OMC. En 2002, elle avait contesté, en même temps que d’autres pays, une autre surtaxe, aussi sur l’acier. Les plaignants avaient obtenu gain de cause et les Etats-Unis avaient dû renoncer à cette mesure protectionniste.

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«C’est un pas que nous n’aurions pas souhaité franchir, mais nous y sommes contraints», a affirmé le conseiller fédéral Johann Schneider-Ammann, interpellé mardi par Le Temps alors qu’il est en tournée en Asie centrale. Il a ajouté que la Suisse avait choisi «la voie de la prudence – un processus en deux étapes qui commence par une consultation». Et d’ajouter: «Nous ne sommes pas les seuls à faire cette démarche. Mais nous ne nous sommes pas coordonnés avec les autres pays.»

En effet, l’industrie suisse qui exporte de l’acier et de l’aluminium pour 80 millions de francs par année aux Etats-Unis a contacté le Secrétariat d’Etat à l’économie (Seco) dès mars à propos de la mesure américaine. «Je ne suis pas un illusionniste, mais j’espère que la raison finira par l’emporter, que les Etats-Unis renonceront à leur mesure et que la Suisse bénéficiera de la clause de la nation la plus favorisée», espère le conseiller fédéral.

La crédibilité de la Suisse en jeu

Si la Suisse saisit l’OMC après trois mois de l’entrée en vigueur des surtaxes, c’est qu’elle espérait obtenir une exemption de la part des Etats-Unis. Dès mars, Johann Schneider-Ammann en avait fait la demande auprès de son homologue américain. Des contacts à haut niveau ont aussi eu lieu à plusieurs reprises dans ce but. «La réponse n’est jamais venue», regrette Markus Schlagenhof, chef de la division Commerce mondial au Seco.

«Nous sommes les défenseurs du système multilatéral du commerce, poursuit Markus Schlagenhof. Et si nous ne faisons rien contre des mesures injustifiées, nous ne sommes pas crédibles.» La Suisse n’envisage à ce stade pas de mesure de rétorsion comme l’ont fait d’autres pays. «Nous ne voulons pas contribuer à l’escalade de la crise», explique-t-il.

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