Commerce

La Suisse courtise les Etats-Unis tout en contestant leur protectionnisme

Quelle coïncidence! A quelques heures d’intervalle, la Suisse a plaidé pour un accord de libre-échange à Washington, ce qui ne l’a pas empêchée de contester les surtaxes américaines sur l’acier et l’aluminium devant l’OMC à Genève

La Suisse a confirmé sa plainte contre les Etats-Unis mardi à l’Organisation mondiale du commerce (OMC). Elle conteste la surtaxe américaine de 25% sur l’acier et de 10% sur l’aluminium à l’importation. Avant d’en arriver là, le conseiller fédéral Johann Schneider-Ammann avait personnellement écrit au président américain, Donald Trump, pour demander une exception pour la Suisse. La lettre est restée sans réponse.

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Prochaine étape: un panel d’arbitres sera constitué dans un délai de 45 jours. Par la suite, celui-ci devra rendre un verdict dans les 60 jours. «Nous sommes allés à l’arbitrage car le but est d’obtenir le retrait des mesures américaines», a souligné Didier Chambovey, ambassadeur de la Suisse auprès de l’OMC. C’est la deuxième fois que la Suisse dépose une plainte à l’OMC. La première, c’était en 2002, aussi contre les Etats-Unis, et la pomme de discorde était également l’acier. Berne avait alors obtenu gain de cause.

«Objectif manifestement économique»

La Suisse a rejoint huit autres pays (Union européenne (UE), Canada, Chine, Inde, Japon, Norvège, Russie, Mexique) dans ce litige. Comme ces derniers, Berne conteste la motivation américaine de taxer les deux métaux au nom de la sécurité nationale. «Cette clause ne doit pas être utilisée à tout propos, avertit Didier Chambovey. On ne peut pas l’invoquer pour justifier des mesures protectionnistes dont l’objectif est manifestement économique.»

Les exportations suisses d’acier et d’aluminium aux Etats-Unis s’élevaient à 85 millions de francs en 2017. Une somme relativement modeste. «Mais les effets indirects peuvent être plus conséquents, notamment à cause des mesures de sauvegarde mises en place par Bruxelles», commente le diplomate suisse.

Chicanes européennes

L’UE a pris les devants, craignant que les exportations des pays tiers ne se détournent sur son marché. Dès lors, elle a institué des contrôles qui, selon Didier Chambovey, sont des vraies chicanes pour les exportateurs suisses. Par ailleurs, les métaux suisses sont intégrés dans des produits européens dont la demande a baissé aux Etats-Unis. L’UE constitue le premier débouché pour l’acier et l’aluminium suisses. L’an dernier, les exportations s’élevaient respectivement à 1 milliard et 1,3 milliard de francs.

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Ironie du sort: quelques heures plus tôt, la Suisse tentait de poser les bases d’un éventuel accord de libre-échange avec les Etats-Unis. En effet, dans la nuit de lundi à mardi, le conseiller fédéral chargé de l’Economie, Johann Schneider-Ammann, a rencontré Jeff Gerrish, représentant adjoint au Commerce, à Washington dans cette optique. C’était sa dernière mission officielle à l’étranger puisqu’il quitte ses fonctions à la fin de l’année. Il revient les mains vides. Mais les pourparlers se poursuivront en janvier.

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