L'excellent millésime 2006 pour l'économie suisse se décline en diverses saveurs. A commencer par le goût d'entreprendre. «Cette année, nous devons faire face à une forte demande pour la création d'entreprises sur Fribourg», indique Olivier Allaman, directeur de l'antenne régionale de Genilem.

Un sentiment que la statistique de Creditreform publiée mercredi confirme sans équivoque. En octobre, la création de sociétés en Suisse a progressé de 6,2% par rapport à la même période de l'an dernier. Sur les dix premiers mois de l'année, la hausse atteint 1,2%. Mais surtout, en parallèle, le nombre de radiations enregistrées par la Feuille officielle suisse du commerce a chuté de 9,6%.

Conséquence directe: la création nette atteint 8412 sociétés, soit une hausse de 40%. Pour l'institut de recouvrement de créances, c'est une valeur record. Il s'attend d'ailleurs à ce que la barre des 10000 sociétés soit franchie d'ici à la fin de l'exercice. Une situation qui s'était présentée pour la dernière fois en 1998, année qui avait vu le produit intérieur brut (PIB) helvétique croître de 2,1%.

Quels liens peut-on tisser entre la haute conjoncture, comme le pays la vit cette année, et la propension à la création d'entreprise? «Nous constatons avec cette statistique que l'effet positif vient surtout du fait que nous enregistrons moins de radiations, souligne Bernard Weber, collaborateur scientifique au Secrétariat d'Etat à l'économie (Seco). Moins d'entreprises sont donc confrontées à des situations critiques.» Michel Kolly, collaborateur à l'Office fédéral de la statistique, se souvient par exemple que les années 2002 à 2004 avaient connu un fort recul des indépendants dans le secteur de l'informatique.

«Important pour le changement structurel»

S'appuyant sur une étude du KOF, le spécialiste du Seco souligne également que la création d'entreprises se révèle importante pour le changement structurel de l'économie: «Elles créent une dynamique, car les nouvelles entreprises n'apparaissent pas dans les mêmes secteurs où des entreprises disparaissent.»

Par exemple, sur le premier semestre, l'augmentation des nouvelles inscriptions dans la construction (11,2%) se situe nettement au-dessus de la valeur de l'ensemble de la Suisse. Si l'industrie ne s'est pas forcément renouvelée, en revanche ce secteur a connu un fort recul des ouvertures de faillites.

Une dynamique régionale existe également, puisque de fortes disparités apparaissent. Ainsi, Berne est le leader absolu en terme de création nette d'entreprise cette année (+508,4%!)

«Les start-up se développent dans des niches avec fort potentiel, estime Olivier Allaman. Ceux qui se lancent adoptent une véritable stratégie opportuniste. Par exemple, face au boom de l'immobilier, MIG Technology, qui propose aux régies et gérances un logiciel d'aide à la gestion du parc immobilier, cartonne.»

L'impact sur l'emploi de ces créations d'entreprises reste difficile à mesurer. «On ne peut pas dire qu'une création accrue d'entreprises mène à une augmentation de l'emploi à moyen terme», relève Bernard Weber.