Un nouveau tour de vis réglementaire se prépare pour les deux grandes banques helvétiques. Selon une dépêche publiée mardi matin par l’agence Bloomberg, le Département fédéral des finances (DFF) s’apprêterait à renforcer les exigences en matière de fonds propres pour Credit Suisse et UBS. A l’avenir, les deux instituts devraient disposer d’un ratio d’endettement («leverage ratio») d’environ 5%, indique l’agence qui s’appuie sur des sources qui ont eu connaissance de ces préparatifs. Le Secrétariat d’Etat aux questions financières internationales (SFI), rattaché au DFF, n’a pas commenté l’article de Bloomberg. Dans une prise de position, le SFI rappelle toutefois que le Conseil fédéral a annoncé en février qu’il soumettrait d’ici à la fin de l’année des propositions afin de renforcer les exigences de fonds propres des grandes banques. Cette feuille de route est toujours valable et pour l’heure aucune décision n’est tombée, a précisé le SFI aux agences.

Alignement sur les normes américaines

Avec une telle mesure, la Suisse se rapprocherait des normes exigées aux Etats-Unis concernant le ratio d’endettement. Celui-ci mesure le rapport entre les fonds propres non pondérés des risques et la somme des actifs d’une banque et est considéré comme plus fiable que d’autres ratio servant à mesurer les fonds propres. Un «leverage ratio» d’au moins 5%, tel qu’il est requis outre-Atlantique, serait supérieur au seuil minimum de 3% requis par les règles internationales établies par le Comité de Bâle sur le contrôle bancaire. La Confédération reprendrait aussi les méthodes de calcul utilisées aux Etats-Unis pour définir les fonds propres.

Jusqu’ici, seul un ratio d’endettement d’un peu plus de 4% avait été mentionné pour les deux grandes banques helvétiques. A relever encore que le rapport exigé varie d’un institut à l’autre. En mai 2014, l’Autorité de surveillance des marchés financiers, la FINMA, avait ainsi défini une valeur de 4,6% pour UBS mais de seulement 4% pour Credit Suisse. Dans un document publié sur son site fin septembre, le numéro deux bancaire mentionne, lui, un ratio d’endettement de 4,1% requis à l’horizon 2019. L’autorité de surveillance avait justifié l’an dernier les exigences moins élevées pour Credit Suisse en raison de la part de marché «sensiblement plus faible» de l’établissement au niveau des opérations de crédit en Suisse. A noter que les exigences concernant le ratio d’endettement diffèrent de celles du ratio de fonds propres pondéré des risques qui doit atteindre 19% d’ici à fin 2018 pour les deux grandes banques helvétiques.

Une exigence de ratio d’endettement de 5%, si elle est confirmée, dépasserait dans tous les cas largement les niveaux de 3,6 et 3,7% affichés par UBS et Credit Suisse à la fin du deuxième trimestre.

Actions sous pression

Il y a deux ans, Eveline Widmer-Schlumpf, la conseillère fédérale à la tête du DFF, avait déjà évoqué un ordre de grandeur d’au moins 6% pour les deux grandes banques. Même si le scénario évoqué par Bloomberg ne constitue ainsi pas complètement une surprise, il a fortement mis sous pression les actions des deux grandes banques mardi. Le titre de Credit Suisse a chuté de plus de 3,7% juste après 10 heures, celui d’UBS de 3,5%, avant de se ressaisir ensuite.
«Des exigences plus élevées signifient que les banques disposeront de moins de capital à redistribuer à leurs actionnaires», a expliqué Andreas Brun, analyste de la Banque cantonale de Zurich (ZKB). Pour UBS, des exigences accrues de fonds propres pourraient restreindre la politique de versement des dividendes pour le numéro un bancaire helvétique qui dispose, globalement, de davantage de fonds propres que son rival. S’agissant de Credit Suisse, une telle mesure aurait encore plus d’impact, la banque risquant de se trouver en situation d’insuffisance de fonds propres, selon des analystes cités par Bloomberg. Et cela alors que les rumeurs au sujet d’une possible augmentation de capital annoncée lors de la prochaine journée des investisseurs agendée le 21 octobre ont déjà fait chuter le titre la semaine dernière.

Vers 13 heures, l’action d’UBS limitait les pertes à 1,2% à 18,8 francs, alors que celle de Credit Suisse cédait 1,8% à 23,76 francs.