Il y a des dizaines de «paradis fiscaux» dans le monde. Mais la Suisse est et reste l’un des plus célèbres territoires en la matière. Le Financial Times n’a donc pas tardé, dans la perspective de l’introduction d’un taux d’imposition minimal mondial pour les entreprises de 15%, à tourner son regard vers celle qui a dû abandonner son secret bancaire, il y a plus de dix ans.

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Un article publié jeudi par le quotidien britannique affirme que les autorités suisses étudient déjà les possibilités de contourner l’éventuel standard fiscal mondial. Le pays, rappelle-t-on, accueille des dizaines de multinationales indigènes (Novartis, Roche, Nestlé, Glencore, Holcim) et étrangères (Philip Morris, Johnson & Johnson, Gunvor, Trafigura, Vale). Le taux d’imposition, qui n’est que l’un des facteurs qui comptent pour qu’une entreprise s’installe en Suisse, varie de canton en canton. Et 18 des 26 cantons ont un taux au-dessous de 15%.

Taux d’imposition de 12% à Zoug

Selon le journal, Berne a déjà lancé des consultations auprès des cantons pour définir une stratégie commune afin que le pays reste attractif. Ces mesures pourraient inclure des subventions pour la recherche et le développement, des déductions sociales ou encore des crédits d’impôts. «La démarche suisse met en lumière la difficulté de mettre en place un taux d’imposition global minimal de 15% pour les entreprises, souligne le FT. Les multinationales basées dans le canton de Zoug sont imposées à moins de 12%.»

«Il est évident que notre objectif est de nous maintenir comme un site parmi les plus avantageux en dépit de l’éventuel taux d’imposition minimal, confirme Heinz Tännler, le chef des Finances du canton de Zoug. Notre population est consciente des besoins des entreprises internationales en matière de conditions favorables.» Le journal affirme que la Suisse a développé la juridiction fiscale la plus attractive, par rapport à des pays comparables tels que l’Irlande, la Hongrie, la Bulgarie et Chypre.

Economiesuisse favorable aux compensations

Ce n’est pas l’organisation Economiesuisse qui contredira le FT. Au contraire. Christian Frey, son vice-responsable pour les questions fiscales, admet que la Suisse sera affectée si un taux d’imposition minimal de 15% sur les bénéfices des entreprises est effectivement mis en place. «Mais il y a toute une palette de mesures que nous pourrions prendre, tempère-t-il. Nous sommes confiants dans le fait de pouvoir mettre en place des compensations.»

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Bref, l’exercice du journal économique et financier met en exergue le fait que les autorités suisses sont prêtes à trouver des astuces pour maintenir l’attractivité du pays. Son article a attiré beaucoup de commentaires. Les avis sont partagés. Pour les uns, la Suisse ne doit pas se plier aux exigences du G7 ou de l’OCDE mais se battre pour sa souveraineté fiscale. Pour les autres, elle est fidèle à sa réputation, celle d’un «paradis fiscal».