Energie

La Suisse a frôlé la panne d’électricité en décembre 2015

La Commission de l’électricité (ElCom) a analysé la situation critique de décembre dernier. Elle propose des mesures pour renforcer la sécurité d’approvisionnement en électricité

Les consommateurs ont eu de la chance en décembre dernier. Si l’hiver avait été un peu plus froid et provoqué une augmentation de la demande d’électricité, et si la centrale nucléaire de Beznau II, embarquée dans une révision complexe, n’avait pas pu redémarrer le jour de Noël, une partie du pays aurait sans doute été plongée dans le noir.

La commission de l’électricité (ElCom), qui tenait conférence de presse jeudi, a étudié de près cette situation critique. Elle conclut qu’il n’est pas nécessaire de changer la loi et de revoir le partage des responsabilités entre les producteurs d’électricité (Alpiq, Axpo) et le gestionnaire du réseau à haute tension (Swissgrid).

Des mesures de correction doivent toutefois être prises pour écarter le risque de pénurie d’électricité, notamment lors d’arrêts d’installations de production indigène difficiles à compenser par des importations.

Un heureux concours de circonstances a permis d’éviter le black-out en décembre 2015, mais un malheureux concours d’autres circonstances, comme le bas niveau de remplissage des barrages, le faible débit des rivières et le nombre insuffisant de transformateurs de 380/220 kV, ont obligé les acteurs de la branche électrique à réfléchir à des mesures d’amélioration de la sécurité de l’approvisionnement.

Facteurs en partie prévisibles

Ces facteurs étaient pourtant en partie prévisibles. La forte inquiétude de Swissgrid, le 2 décembre 2015, a surpris. Certains acteurs de la branche l’ont trouvé démesurée. L’opinion publique a soudain découvert que la sécurité d’approvisionnement du pays pouvait être mise à mal par quelques transformateurs manquants ou mal placés, et que, malgré l’abondance d’électricité à l’étranger, la Suisse ne pouvait pas l’importer comme elle le voulait car son réseau électrique est trop dépendant de l’énergie de ruban fournie par les centrales nucléaires.

Les mesures préconisées par l’ElCom touchent le réseau, mais sont aussi destinées à garantir des capacités de production suffisantes en hiver. «En été il n’y a pas de problème, mais en hiver cela deviendra tendu si l’on songe au fait, par exemple, que les centrales nucléaires du sud de l’Allemagne seront toutes fermées d’ici à 2022», explique Carlo Schmid, président de l’ElCom.

«Aujourd’hui l’industrie électrique suisse importe du courant bon marché, mais cette situation comporte des risques à moyen et long terme», ajoute-t-il.

Autoapprovisionnement insuffisant

La Suisse doit se mouvoir dans un marché de l’électricité complètement bouleversé. Le modèle commercial qui lui permettait, grâce à l’énergie de ruban fournie par les centrales nucléaires, d’exporter au prix fort l’énergie de pointe fournie par les ouvrages hydroélectriques, arrive à son terme. Aujourd’hui déjà, en hiver, seuls 20% des besoins sont couverts par la production indigène. En 1985, ce taux d’auto approvisionnement dépassait 70%, et il était encore de plus de 50% au début des années 2000.

Parmi les mesures préconisées par l’ElCom figure la mise à disposition auprès de Swissgrid, de manière anticipée, de davantage d’énergie de réglage. Le prix peut être incitatif, comme l’a montré, en décembre dernier, le déblocage du prix plafond qui a plus que triplé en passant à 9999 euros le MWh (10 965 francs). Les producteurs seraient aussi obligés de garder de l’énergie de réserve pour couvrir partiellement un éventuel défaut de livraison d’énergie de l’étranger via les contrats à long terme.

Reste que tout s’est finalement bien passé l’an dernier. La durée moyenne de coupure de courant par consommateur fut de 21 minutes, dont 11 non planifiées.

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