Technologie

En Suisse, la future 5G suscite de vives tensions

Swisscom, Salt et Sunrise sont en désaccord tant sur le mode d’attribution des futures licences de téléphonie mobile 5G que sur le calendrier. Les trois opérateurs militent par contre ensemble pour assouplir les normes de rayonnement, leurs réseaux arrivant à saturation

Des voitures autonomes reliées en permanence à Internet, plus de 200 millions d’objets connectés en Suisse en 2020, un accès à Internet via le réseau mobile cinq à dix fois plus rapide qu’aujourd’hui… La technologie 5G offrira de nouvelles perspectives. Mais son entrée en vigueur en Suisse, prévue dans environ deux ans, s’annonce compliquée. D’abord parce que selon les opérateurs, l’ordonnance actuelle sur les rayonnements est trop restrictive. Ensuite parce que Salt, Swisscom, et Sunrise ne sont d’accord ni sur le mode d’attribution des fréquences, ni sur le calendrier.

Aujourd’hui, la majorité des Suisses voient l’icône «4G» s’afficher sur leur téléphone, qu’ils soient dans la rue ou dans un bâtiment. Swisscom avait lancé cette technologie fin 2012, Salt et Sunrise en 2013. Elle permettait, dans des conditions parfaites, d’atteindre initialement un débit de 150 mbit/s, puis 400, et même 900 mbit/s depuis quelques semaines dans les grandes villes. Il s’agit bien sûr de valeurs théoriques – dans un train ou un sous-sol, les débits sont sensiblement moindres –, mais ils n’ont cessé de progresser. La 5G, prévue pour 2020, offrira des débits sans commune mesure.

«Enorme responsabilité»

Mais il faudra d’abord attribuer les licences pour les fréquences. En 2012, un système d’enchères avait eu lieu. Orange (devenu Salt) avait payé 155 millions de francs, Sunrise 482 millions et Swisscom 360 millions. Récemment, la Commission fédérale de la communication (ComCom) a estimé que l’attribution des fréquences 5G devrait intervenir à la fin de 2018. Andreas Schönenberger, directeur de Salt, avertit: «Cette attribution va façonner le marché de la téléphonie mobile pour les vingt prochaines années. La ComCom a une énorme responsabilité pour créer un système d’attribution qui favorise réellement la concurrence plutôt que de péjorer la situation actuelle.»

Salt demande ainsi que les bandes de fréquence 700 MHz (la plus intéressante car elle pénètre mieux dans les bâtiments), 1400 MHz et 3GHz soient attribuées séparément. «Il est exclu qu’il y ait un système d’enchères pour les 700 MHz», martèle le directeur de l’opérateur, qui demande de manière générale «d’éviter qu’un opérateur paie le double d’un autre». «Dans le pire des cas, un opérateur pourrait devoir quitter le marché et il n’en resterait que deux en Suisse», poursuit-il.

Attendre 2020?

Sunrise est du même avis: «Les opérateurs privés doivent avoir une chance équitable lors de l’attribution des fréquences», dit un porte-parole, exigeant que «les fréquences de 700 MHz soient attribuées à parts égales et à des prix équitables». L’opérateur signale que «Swisscom dispose de 44% de toutes les fréquences, contre 28% environ pour Salt et Sunrise. La poursuite d’un tel traitement de faveur nuit à la numérisation». Sunrise veut attendre 2020 pour attribuer les fréquences.

Lire aussi: Le réseau de téléphonie mobile est proche de la saturation

Swisscom ne se prononce pas sur le mode d’attribution, mais il veut aller vite: les fréquences doivent être attribuées au premier semestre 2018, exige l’opérateur, d’autant que certaines pourront être utilisées pour la 4G. Mais il pose aussi une condition: «Sans modifications substantielles de l’ordonnance sur la protection contre le rayonnement non ionisant (ORNI), les fréquences existantes et nouvelles ne peuvent pas être utilisées efficacement et la numérisation, en Suisse, risque de se retrouver à la traîne en comparaison internationale», avertir un porte-parole

Assouplir les règles

Sur ce point, Salt et Sunrise sont d’accord: il faut assouplir les règles en Suisse, dix fois plus sévères que dans l’Union européenne. «Attribuer les fréquences avant d’assouplir la réglementation créerait une incertitude intenable», affirme Andreas Schönenberger, qui juge cette situation absurde. Début 2016, le Conseil fédéral s’était prononcé pour un assouplissement des normes suisses. Le Conseil national l’avait suivi, mais en décembre 2016, le Conseil des Etats avait refusé de réviser l’ORNI.

Les trois opérateurs comptent désormais sur de nouvelles initiatives, au parlement, pour assouplir cette ordonnance. Ils font remarquer que, selon les calculs de l’Office fédéral de la communication, dans 90% des cas, il n’est déjà plus possible d’installer des cellules 4G, les limites de rayonnement ayant déjà été atteintes.

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