De nombreux constructeurs automobiles, touchés par la forte baisse de la demande de voitures en Europe – la Suisse étant en grande partie épargnée –, cherchent une porte de sortie de la crise. A l’instar du groupe français Peugeot Citroën (PSA) ou de la branche européenne de General Motors (GM) incarnée par la marque Opel.

En période difficile, l’industrie automobile est souvent tentée par la fuite en avant, en lançant de nouveaux modèles censés correspondre aux nouveaux goûts du public. Cette année, à moins d’une semaine de l’ouverture, jeudi, du Salon de l’auto à Genève, aucune tendance claire ne se dégage parmi la centaine de premières mondiales annoncées. Les «vraies» premières vont en effet des voitures de sport, avec la présence pour la première fois à Genève de McLaren, avec son bolide P1, à la voiture hybride XL1 de Volkswagen, nouvelle tentative du groupe allemande de mettre sur le marché un véhicule de série qui consomme moins d’un litre de carburant aux 100 km, en passant par un mélange des genres sous la forme du modèle Captur de Renault, présenté comme un «crossover urbain monospace maniable».

Les voitures à propulsion alternative, hybrides ou totalement électriques, qui étaient réunies dans une halle séparée en 2012, seront désormais intégrées dans la gamme des constructeurs et présentées sur leur stand ordinaire.

Ce marché reste cependant limité puisqu’en 2012, sa part a atteint 2,6% en Suisse, alors que les véhicules à quatre roues motrices (SUV) ont représenté quelque 33%. La tendance pour le marché «vert» en janvier 2013 est cependant en hausse, avec 3,1% comparé au même mois de l’année précédente, alors que les 4 x 4 bondissent à 37,8%, soit largement plus d’une voiture sur trois.

Le décollage commercial des voitures électriques passera, selon de nombreux analystes, par la perte de la crainte des utilisateurs de tomber en panne à cause du manque de bornes de recharge rapide. La Commission européenne propose notamment la mise en place d’un standard européen pour la recharge des véhicules, initiative saluée par l’Association européenne des constructeurs automobiles (ACEA). En Suisse, plusieurs contrats ont été passés récemment avec des distributeurs d’électricité afin de développer un réseau de recharge performant.

Volkswagen pense donc que le moment est venu, avec le modèle hybride XL1, de se lancer dans la bagarre. Ce véhicule à deux places, profilé comme une fusée, surbaissé, fortement allégé, notamment par la pose de vitres en matière synthétique, consomme moins d’un litre de diesel aux 100 km. Il sera produit en petite série car son raffinement technologique nécessite une cadence lente de montage.

Le constructeur allemand, troisième mondial avec 9,07 millions de véhicules vendus et un bénéfice net de près de 22 milliards d’euros en 2012, derrière Toyota (9,75 millions de véhicules vendus) et General Motors (9,28 millions), est le seul grand constructeur européen dont la santé financière est florissante.

PSA, qui entend supprimer 11 000 emplois, a accusé une perte de 5 milliards d’euros l’an dernier, alors que Renault, qui a réalisé un léger bénéfice, veut supprimer 7500 emplois en France. La branche européenne de GM a essuyé une perte d’exploitation de 1,8 milliard de dollars. Vendredi, le groupe a annoncé un accord avec les syndicats allemands autour de la marque Opel. Il prévoit le gel des salaires jusqu’en 2015 en échange de la fermeture de l’usine de Bochum (3300 emplois) reportée de près de deux ans, soit à fin 2016 au lieu de début 2015.

Alors que le marché asiatique est porteur et que celui des Etats-Unis s’est redressé l’an dernier, le marché européen des voitures neuves a enregistré un recul de 8,2% l’an dernier, en atteignant, avec quelque 12 millions de véhicules, le plus bas niveau depuis dix-sept ans. La surcapacité de production et la difficulté d’adapter l’offre à la demande posent de gros problèmes à de nombreux constructeurs. La Suisse fait figure d’exception puisque les ventes de voitures ont progressé de près de 3% l’an dernier, ce qui représente la deuxième meilleure année de tous les temps. 2013 s’annonce cependant en baisse, avec une première chute des ventes de 10,1% en janvier. Auto-suisse s’attend à un recul semblable sur l’ensemble de l’année, alors que le marché européen devrait régresser de 13% durant le premier semestre.

L’ACEA n’envisage pas une reprise du marché européen avant 2014. Seuls les constructeurs qui réalisent une grande part de leur chiffre d’affaires en Asie ou aux Etats-Unis, comme Volkswagen ou Toyota, tireront donc parti de ces marchés en croissance.

Volkswagen est

le seul grand constructeur

européen

en forte croissance