La Suisse est active dans la lutte contre la malaria. Elle y consacre beaucoup moins d’argent que la Fondation Bill & Melinda Gates qui a par exemple financé le premier vaccin contre le parasite attendu en janvier prochain, mais son action coordonnée entre partenaires privés et publics, porte ses fruits.

Manuel Sager, directeur de la Coopération au développement (DDC), l’a rappelé lundi à Berne à l’occasion de la journée mondiale de lutte contre le paludisme.

Des priorités géographiques ont été fixées. «La moitié de l’aide totale du programme 2016 - 2020 est destinée à l’Afrique subsaharienne où sévit le paludisme, indique Manuel Sager. La lutte contre la malaria va bien au-delà d’un combat contre un moustique. Elle englobe des actions de prévention et nécessite la mise en place d’infrastructures de distribution, de même que la mobilisation des systèmes de santé».

Le budget de la DDC consacré à la lutte contre la malaria s’élève à 10,4 millions de francs en 2016. La moitié est versée au fonds mondial (Global Fund) qui finance des programmes contre le paludisme. 1,6 million de francs vont à la Fondation pour les médicaments antipaludéens (MMV) basée à Genève, et 1,3 million sont destinés à financer la distribution de moustiquaires en Tanzanie.

La Suisse est considérée comme pionnière dans la lutte contre le paludisme en raison notamment de la recherche scientifique menée depuis de nombreuses années par l’Institut tropical et de santé publique suisse (Swiss TPH) à Bâle, et de la découverte et de la vente à prix coûtant par Novartis du médicament Coartem. Ce traitement combiné efficace à base d’artémisinine, fabriqué en Turquie, a déjà été distribué 750 millions de fois.

«On ne pourra pas éradiquer la malaria de la planète, mais on vise son élimination, soit l’arrêt de la transmission au niveau local», souligne Marcel Tanner, ancien directeur du Swiss TPH. Le paludisme recule mais il fait encore de nombreuses victimes, soit 438 000 morts et 214 millions de personnes infectées par an, dont 90% en Afrique et 70% d’enfants de moins de cinq ans dont le système immunitaire n’est pas suffisamment développé.

«En 20 ans, la carte de l’infection en Afrique a fondamentalement changé, constate Marcel Tanner. Elle était entièrement rouge d’ouest en est, mais aujourd’hui des taches claires apparaissent. Cela veut dire que les méthodes de lutte peuvent changer et se concentrer sur les principales poches de résistance».

Dans les régions où la maladie est endémique, le produit intérieur brut peut diminuer jusqu’à 1,3%. La mobilisation accrue de la communauté internationale, avec l’entrée en lice de gros donateurs comme la Fondation Bill & Melinda Gates, a provoqué une baisse, entre 2000 et 2015, de 18% des cas recensés dans le monde et de 48% des décès.

L’organisation mondiale de la santé (OMS) a fixé comme objectif une réduction de 40% de la maladie d’ici 2020 et de 90% d’ici 2030. L’un des problèmes à résoudre est la résistance aux traitements qui est apparue en Asie du sud-est. «Il faudrait donc un nouveau médicament tous les 5 à 10 ans», constate Marcel Tanner.

Cela tombe bien, l’OMS vient d’homologuer un traitement pédiatrique efficace et d’une excellente longévité, nommé Pyramax, fabriqué par une entreprise pharmaceutique sud-coréenne. Il est déjà approuvé dans trois pays asiatiques et huit pays africains.

Va-t-il détrôner Coartem, par son prix plus bas et une efficacité légèrement meilleure? «Cela ne me dérange pas du tout que d’autres médicaments contre la malaria viennent compléter les traitements par Coartem. Plus il y en aura, mieux ce sera pour tenter d’éliminer cette maladie», affirme Hans Rietveld, directeur, chez Novartis, de l’accès aux médicaments contre le paludisme.

Le groupe bâlois dispose de deux nouveaux médicaments en phase clinique II qui pourraient être lancés en 2021, alors que la société vaudoise Mymetics travaille sur un vaccin qui pourrait venir compléter, dans quelques années, celui de GlaxoSmithKline qui fera son apparition en janvier 2017.