Et si la Suisse introduisait un contrôle des capitaux?

Franc fort Si la crise grecque devait empirer, contrôler les capitaux pourrait faire baisser le franc

Il y aurait toutefois des désavantages

La probabilité du maintien de la Grèce dans la zone euro semblait en hausse mercredi. Mais des surprises restent possibles. Et le franc pourrait prendre de nouveau de la valeur face à l’euro. «Il est probable que la Banque nationale suisse (BNS) intervienne directement sur le marché des changes si l’euro tombe à 1,03 franc», indique Maxime Botteron, économiste chez Credit Suisse. Et si le pire devait se produire, la BNS pourrait-elle prendre d’autres mesures que des taux négatifs?

Si l’euro tombait à 95 ou 90 centimes, «la Suisse pourrait introduire certaines formes de contrôle des capitaux», explique Daniel Kalt, économiste chez UBS Suisse. «Cela ferait très probablement baisser le franc», estime-t-il.

«La définition du contrôle des capitaux par le G20 est stricte et implique une discrimination entre résidents et non-résidents», observe Maxime Botteron. Ce contrôle s’appliquerait aux non-résidents, comme dans les années 1970. «Le plus probable serait une taxe sur les transactions. La Suisse agirait donc sur le prix du franc plutôt que sur la quantité de monnaie», selon Credit Suisse.

«Tout dépendrait de la forme du contrôle», fait valoir Jean-Christian Lambelet, professeur honoraire d’économie à l’Université de Lausanne. «S’il devait être léger et donc plus ou moins facilement contournable, une telle mesure produirait un effet de signal à court terme qui ferait probablement baisser le cours du franc, mais de manière passagère seulement», selon l’économiste. «S’il devait s’agir de quelque chose de sérieux, toute l’image libérale de la Suisse, particulièrement en matière financière, s’en trouverait ébranlée et le franc pourrait alors s’affaiblir durablement. Mais ce serait une vraie catastrophe pour l’économie nationale qui perdrait là un de ses meilleurs atouts», analyse l’économiste.

Les résidents ont contribué à l’afflux de capitaux en Suisse ces dernières années en vendant leurs actifs à l’étranger. Une taxe sur les non-résidents ne s’adresserait qu’à une partie des afflux de capitaux, selon Credit Suisse. Et elle laisserait ouverte la possibilité d’acheter du franc hors du pays. Selon la Banque des règlements internationaux, moins de 20% des transactions sur le franc sont réalisées en Suisse. «Il serait donc possible de contourner les mesures prises dans le pays», observe Maxime Botteron. La place financière risquerait de voir partir à l’étranger une partie du négoce sur le franc. L’économiste ne voit donc «guère que des coûts et très peu de bénéfices». Il doute de son efficacité s’il est possible de le contourner.

La BNS, elle, a répondu à différentes questions de journalistes ne vouloir «exclure aucune mesure»; mais elle ne s’exprime pas sur le thème précis du contrôle des capitaux.

Des questions juridiques sont en suspens. «La base légale n’est pas certaine. Il semblerait que la loi sur la BNS ne prévoit pas une telle action. L’initiative devrait venir du Conseil fédéral ou du parlement. Cela prendrait du temps», ajoute Maxime Botteron. En outre, les clients étrangers pourraient contester l’introduction d’une taxe sur leurs avoirs.

«On pourrait imaginer une baisse de la pression à l’appréciation du franc, mais je ne crois pas que de pénaliser la place financière soit une stratégie durable pour le pays», selon l’économiste. Le choix de pénaliser la place financière pour aider l’industrie serait éminemment politique.

Contrôler les capitaux favoriserait-il la place industrielle par rapport à la place financière? Non, estime le représentant de l’industrie des machines. Le porte-parole de Swissmem pense qu’un contrôle des capitaux constituerait une «très forte intervention sur le marché qui pénaliserait non seulement la place financière, mais aussi l’économie réelle».

«Les contrôles de capitaux n’appartiennent qu’à la troisième étape possible contre la hausse du franc», lance Daniel Lampart. Le chef économiste de l’Union syndicale suisse privilégie un objectif de cours (ou un cours plancher), puis les taux négatifs. «L’expérience des années 2010-2011 montre que des interventions sans objectif de cours risquent de s’avérer inopérantes», indique l’économiste.

Rudolf Walser, consultant auprès d’Avenir Suisse, doute de la faisabilité technique d’un contrôle des capitaux, mais estime que «l’effet de dissuasion serait plus efficace que les taux négatifs». Il constate que «le FMI dispose d’une grande expérience à l’égard du contrôle des capitaux, mais [que] seuls des pays émergents l’ont mis en œuvre. Serait-ce possible en Suisse?» se demande-t-il.

«L’expérience des années 2010-2011 montre que des interventions sans objectif de cours s’avèrent inopérantes»