Le retournement date du mois d’avril. Les prix des matières premières, et du pétrole en particulier, avaient fait basculer l’indice suisse des prix à la consommation (IPC) dans le vert pour la première fois depuis février 2020.

Les chiffres de mai ont eux été publiés lundi. Cette fois-ci, en plus de ceux de l’or noir (+20% en un an), ce sont les prix des loyers (+0,8%), poids lourds du panier moyen calculé par l’Office fédéral de la statistique (OFS), ainsi que ceux des voyages à forfait internationaux (+1,6%) et des légumes-racines, avec une poussée de 10% en un mois, qui permettent à l’inflation de confirmer son retour.

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L’IPC a augmenté de 0,3% en mai sur un mois. Et de 0,6% sur un an. Le communiqué publié lundi précise que l’inflation sous-jacente, donc sans tenir compte des produits frais et saisonniers, de l’énergie et des carburants, a lui progressé de 0,2% par rapport à avril 2021, comme par rapport au mois de mai de l’année dernière. Les prix de produits indigènes se sont appréciés de 0,2% en rythme annuel. Les produits importés, eux, enregistrent un bond de 1,6% par rapport au printemps 2020.

Temporaire ou durable?

Le chiffre publié lundi «est un peu supérieur à nos attentes, en raison d’une petite surprise du côté des loyers, indique Maxime Botteron, économiste de Credit Suisse. Mais la trajectoire de l’inflation demeure dans la fourchette de nos prévisions.» La banque s’attend à un IPC qui augmente jusqu’à 1% en rythme annuel en fin d’année, puis à une stabilisation, l’an prochain. 

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Si ces chiffres ne constituent pas une surprise, ils relancent une nouvelle fois le débat sur la nature de cette inflation. Temporaire ou durable? Pas de quoi s’inquiéter a priori, répond Maxime Botteron. «Il y a des incertitudes sur quelques produits et services, les voyages par exemple, dont les prix avaient beaucoup baissé depuis la crise. C’est aujourd’hui un rattrapage, et il est possible qu’ils deviennent plus chers qu’avant mars 2020». D’autres catégories de produits, comme l’électroménager ou les meubles, voient aussi leurs prix augmenter. «Mais il y a en a bien d’autres, comme les loyers justement, qui ne dépendent pas du contexte international.»

En l’état, Maxime Botteron ne s'attend en tout cas pas à voir s’enclencher la spirale prix-salaires. Et ce même si le marché du travail suisse a bien résisté. «Pour que la hausse de prix prenne un certain poids dans les prochaines négociations salariales, il faudrait qu’elle s’installe durablement.» Ce n’est donc pas le scénario sur lequel il mise.

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