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© CHRISTOF SCHUERPF/Keystone

Richesses

«La Suisse est l’un des pays les plus égalitaires du monde»

La crise financière de 2008 n’a fait augmenter ni la pauvreté ni le poids des super-riches, affirme Marius Brülhart, professeur d’économie à HEC Lausanne

Pendant cette année des 20 ans, «Le Temps» met l’accent sur sept causes emblématiques. La cinquième porte sur «l’économie inclusive», qui vise à mieux tenir des enjeux écologiques, éthiques et égalitaires.

Nous cherchons des idées, des modèles et des personnalités qui, chacun à leur manière, développent une économie et une finance plus intelligentes, qui contribuent à mieux répartir ce qu'elles génèrent entre toutes les parties concernées.

Consultez notre page spéciale: Economie inclusive

Le Temps: Peu après la crise financière de 2008, vous aviez piloté une étude sur la répartition spatiale des revenus en Suisse. Quels ont été ses résultats?

Marius Brülhart: On a trouvé une très légère tendance vers ce que j’ai appelé les «ghettos pour riches». Mais ce n’est pas lié à la crise, c’est un phénomène très lent observé sur trois décennies, entre 1973 et 2008. Nous avons eu la chance d’avoir accès, pour une étude publiée en 2012, aux statistiques individuelles des impôts. On a vu qu’il y a une légère tendance à la concentration du top 1% des revenus vers l’Arc lémanique, la région zurichoise et la Suisse centrale. Berne, Argovie, Fribourg, Neuchâtel ont en revanche un peu perdu.

Il n’existe pas d’étude sur la concentration spatiale des revenus les plus faibles, mais ce phénomène est sans doute encore moins marqué. Une des forces du système suisse est que nous n’avons pas de vraies banlieues, ni de ghettos délaissés.

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Le meilleur système de redistribution, c’est l’égalité des chances de la population au départ. Pour cela, le système de formation est la clé

Marius Brülhart

Mais la crise de 2008 a bien dû affecter les revenus de la classe moyenne, par exemple?

Il y a eu un effet de court terme d’appauvrissement à cause de la chute des valeurs boursières – mais cela a affecté surtout les plus riches! L’économie suisse est l’une des plus stables du monde, il n’y a pas de changements spectaculaires, et cela vaut aussi pour l’évolution des inégalités et de la pauvreté. La Suisse est le pays de l’OCDE qui a le plus bas taux d’inégalité salariale. Et la légère augmentation du taux de pauvreté observée par l’OFS entre 2014 et 2016 n’est pas statistiquement significative.

Le meilleur système de redistribution, c’est l’égalité des chances de la population au départ. Pour cela, le système de formation est la clé. L’atout de la Suisse est d’avoir un système bien adapté au marché du travail et assez égalitaire. L’apprentissage offre notamment un point d’entrée aux immigrés et facilite leur insertion grâce au lien direct avec l’employeur. C’est le garant numéro un de notre répartition relativement égalitaire de la richesse.

Au niveau mondial, certaines analyses montrent que le revenu des 1% les plus riches explose alors que celui de la classe moyenne et des plus pauvres stagne. Est-ce le cas en Suisse?

Le revenu disponible médian en Suisse augmente année après année, donc il n’y a pas de stagnation. La part du top 1% dans l’ensemble des revenus oscille autour de 10%, avec une légère tendance récente à la hausse. Aux Etats-Unis ou en Grande-Bretagne, la part de ce 1% des plus riches a augmenté bien plus nettement.

Nous avons en revanche une répartition très inégale des fortunes. Mais cela a un côté positif pour les couches moyennes et inférieures, car cela reflète l’installation en Suisse de super-riches venus de l’étranger! C’est aussi dû à la présence de très vieilles fortunes qui n’ont pas été amputées par les guerres mondiales et qui ont pu s’accumuler ici avec le temps. Si l’on tient compte des fortunes engrangées par la population grâce au système de retraite du 2e pilier, cette inégalité devient beaucoup moins marquée et rentre probablement dans la moyenne internationale.


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