«La crise de la zone euro peut influencer le taux de croissance de la Suisse, mais n’affectera pas, à terme, sa compétitivité. Par conséquent, elle reste, pour la quatrième année consécutive, championne mondiale en la matière. Grâce à ses fondamentaux, solides et durables, son économie a rebondi après la première crise de 2007-2008 alors que la zone euro a replongé dans la récession.» Tels sont les premiers commentaires de Thierry Geiger, l’un des auteurs du Rapport mondial sur la compétitivité, document annuel phare du World Economic Forum (WEF). Lors du lancement de l’édition 2012 mardi à Genève, il a toutefois mis en garde contre la complaisance et le risque de ne plus poursuivre les réformes. «Il faut continuer à exceller, à repousser les limites et à penser au long terme», a-t-il déclaré.

Stabilité conjoncturelle

Le rapport 2012 reprend les points forts soulignés ces dernières années: marché du travail flexible qui garantit une meilleure allocation des ressources humaines et qui maintient un bon équilibre entre les intérêts des employés et des employeurs; collaboration entre la R&D universitaire et les entreprises, ce qui traduit les fruits de la recherche en produits à haute valeur ajoutée; forte protection de la propriété intellectuelle; éducation et formation correspondant aux besoins de l’économie; institutions publiques transparentes assurant la confiance des investisseurs; état de droit et indépendance du judiciaire. Autres facteurs: la stabilité conjoncturelle, un marché financier sophistiqué ainsi qu’un marché des marchandises et des services qui fonctionnent sans distorsion majeure. «On peut toujours faire mieux par rapport aux tracasseries administratives et des règles en matière de conduite des affaires», a poursuivi Thierry Geiger.

Dans le top 10 du hit-parade de la compétitivité, la Suisse est suivie par Singapour, la Finlande, la Suède, les Pays-Bas, l’Allemagne, les Etats-Unis, le Royaume-Uni, Hongkong et le Japon. Le rapport du WEF souligne que l’économie américaine poursuit son déclin pour la quatrième année consécutive. Outre les vulnérabilités macroéconomiques, les investisseurs sont également préoccupés par la méfiance qui s’y installe vis-à-vis des politiciens ainsi que par un ressenti négatif envers l’administration publique. «Le blocage systématique des décisions au Congrès par les Républicains et les Démocrates ne fait qu’amplifier ce sentiment, a déclaré Margareta Drzeniek, également auteur du rapport. De l’autre côté de la médaille, les Etats-Unis peuvent encore se vanter d’être une puissance mondiale en matière d’innovation et d’efficience du marché.»

L’Espagne se maintient

«L’Europe offre une vision mixte, a ajouté Margareta Drzeniek. À l’instar de la Suisse, l’Europe du Nord poursuit ses réformes et consolide son redressement économique depuis la crise de 2007-2008. En revanche, l’Europe du Sud (Portugal, Espagne, Italie et Grèce) souffre de la faiblesse de sa compétitivité.» Si l’Espagne se maintient au 36e rang, comme en 2011, c’est que le pays a pris de nombreuses mesures pour renforcer sa compétitivité (citons notamment la libéralisation du marché du travail). Selon elle, les programmes d’austérité adoptés par de nombreux gouvernements en Europe devraient renforcer leur compétitivité pour autant que les coupes budgétaires ne concernent pas des domaines comme l’éducation ou la formation. Pour Thierry Geiger, il y a une prise de conscience au sein de la zone euro sur la nécessité de renforcer la compétitivité, même si certains pays comme la France doivent rapidement passer de la parole aux actes. «Il est pressant de prendre des mesures pour favoriser l’entrepreneuriat», a-t-il déclaré.

Les grands pays émergents offrent un tableau contrasté. Même si la Chine a reculé de trois places et occupe désormais le 29e rang, elle se trouve en tête de ce groupe. Le Brésil (48e) a progressé et se retrouve pour la première fois parmi les cinquante premiers. En revanche, L’Afrique du Sud (52e), l’Inde (59e) et la Russie (57e) ont reculé. Trois pays d’Asie se trouvent dans les vingt premiers: Hongkong, Taïwan et la Corée du Sud. Le rapport met également en avant la progression du Qatar, de l’Arabie saoudite et des Emirats arabes unis en matière de compétitivité.