En Suisse, le problème ne vient pas d’un manque d’esprit entre­preneurial. Ni de l’innovation ou du financement de l’éducation, énumère Pierre Kladny. Pour le président (depuis mai) pour la Suisse romande de la SECA (Swiss Private Equity and Corporate Finance Association), qui ­représente l’industrie du private equity, la situation se corse ensuite: les start-up trouvent les premiers financements pour développer leurs idées mais, au-delà, elles ne trouvent plus l’aide nécessaire pour développer leurs activités. Résultat: même si les nouvelles entreprises ne manquent pas, elles sont extrêmement peu nombreuses à dé­passer une poignée d’employés et à atteindre le même statut que Logitech, par exemple, a expliqué le nouveau président lors d’une conférence de presse mardi à Genève.

A la tête de ValleyRoad Capital, un conseiller en private equity à Gland, Pierre Kladny souligne que ce problème de «traversée du désert» pour les jeunes entreprises existe en Suisse mais également dans toute l’Europe. Et se pose avec une telle acuité aujourd’hui que la Commission européenne a commencé à s’en préoccuper, souligne-t-il, suggérant aux autorités helvétiques de faire de même. D’autant que pratiquement tous les pays européens ont augmenté leurs aides aux nouvelles entreprises, sauf la Suisse, pointe l’association. Celle-ci met en avant le plan fin­landais en particulier, dont le gouvernement a mis à disposition un milliard d’euros sur dix ans. Pour chaque euro investi par le secteur privé dans une start-up, l’Etat s’engage à placer la même somme. «Ainsi, l’engagement de l’Etat donne un message positif aux investisseurs», explique-t-il. Les institutionnels étant, à son avis, encore très frileux lorsqu’il s’agit de placements de ce type. Ils comptent pour 1% de l’allocation d’actifs des caisses de pension suisses, alors qu’au vu des rendements du secteur (12% en moyenne, mais le taux varie fortement selon qu’il s’agit de financement à des jeunes entreprises ou de sociétés à un stade de développement plus avancé), il devrait être beaucoup plus élevé, assure le responsable de la SECA.

Pierre Kladny comprend que peu voient l’urgence de la question du financement des nouvelles sociétés en raison d’une conjoncture moins difficile en Suisse qu’ailleurs. Mais cela n’est pas une raison pour ne pas s’en inquiéter, ajoute-t-il. Ce d’autant que les 13 000 entre­prises lancées chaque année créent environ 25 000 emplois, alors que les faillites en détruisent 45 000. La différence est comblée par les ­créations de postes dans les multinationales, assure le lobbyiste. Qui souligne ainsi que les créations d’entreprises sont «essentielles» pour la bonne santé de l’économie. «On oublie que Nestlé ou d’autres multinationales aujourd’hui étaient des start-up hier.»

En Suisse, il est difficile de mesurer la taille du secteur du private equity, poursuit Pierre Kladny, parce que nombre de groupes investissent aussi à l’étranger. Pour les placements en Suisse, les montants sont d’environ 400 millions de francs. Entre 2002 et 2012, 84 sociétés (sans compter les start-up) ont bénéficié de financements venant du private equity, selon les statistiques de la SECA .

«On oublie que Nestlé ou d’autres multinationales aujourd’hui étaient des start-up hier»