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La Suisse ne manipule pas sa monnaie, selon UBS

Les Etats-Unis surveillent les pays qu’ils considèrent comme des manipulateurs de leur monnaie ou qui risquent de le devenir, comme la Chine. Certains craignent que la Suisse tombe dans cette catégorie. La banque explique pourquoi ce n’est pas le cas

La Suisse manipule-t-elle sa monnaie? Non, selon des analystes d’UBS, qui viennent de publier une étude jeudi. Avec l’arrivée de Donald Trump au pouvoir, de nombreux analystes ont estimé que la Banque nationale suisse (BNS) allait réduire ses interventions sur le marché des changes pour éviter de se faire épingler.

Car, depuis octobre, date du dernier rapport semestriel du département américain du Trésor, qui évalue les politiques de taux de change de ses principaux partenaires commerciaux, la Suisse est sous surveillance. Comme cinq autres pays – la Chine, l’Allemagne, la Corée du Sud, Taiwan et le Japon –, elle remplit deux des trois critères pour qualifier un Etat de manipulateur de sa monnaie.

Les autorités américaines se concentrent sur un surplus commercial significatif avec les Etats-Unis (plus de 20 milliards de dollars), un surplus des comptes courants (plus de 3% du PIB) et intervenir sur les marchés des changes (au cours des douze derniers mois pour une valeur de plus de 2% du PIB). Pour l’heure, aucun pays ne remplit ses trois conditions. Jusqu’ici, la Suisse n’était pas étudiée, n’étant pas considérée comme un des partenaires principaux.

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Comme le rappelle UBS, si l’on observe le niveau de la balance des comptes courants, la Suisse a été largement au-dessus de la limite depuis les années 1980 la plupart du temps. A 9% du PIB l’an dernier, le surplus est même trois fois supérieur à la zone de tolérance des Américains. Quant aux interventions sur le marché des changes, elles pourraient également être jugées trop élevées si l’on en croit l’évolution des dépôts à vue des banques auprès de la BNS. La banque évalue ainsi à 16% du PIB la valeur des interventions en 2016, alors que le Trésor en accepte jusqu’à 2%.

Sanctions douanières?

Reste le critère du surplus commercial, où, pour l’instant, la Suisse demeure sous le radar. En 2016, il a atteint environ 17 milliards de dollars, soit trois milliards de francs de moins que le plafond toléré par les Etats-Unis. Or, si la hausse se poursuit au même rythme que les derniers trimestres, cette frontière sera rapidement franchie, estiment les économistes d’UBS. A ce moment-là, «l’administration Trump pourrait qualifier la Suisse de manipulatrice de sa monnaie et, par exemple, frapper l’industrie locale d’exportation de sanctions douanières», poursuivent-ils.

Pourtant, si l’on observe l’évolution des dernières années, on peut difficilement dire que la Suisse a rendu sa monnaie artificiellement faible pour soutenir ses exportations, argumente UBS. Le surplus est pratiquement le fait d’une seule industrie, la pharma, dont les exportations sont passées d’un à 13 milliards en 15 ans, tandis que le reste (4 milliards) stagne.

En outre, le franc n’est pas bon marché. «Il s’est apprécié face aux plus importantes monnaies de façon continue ces 10 dernières années, son niveau est équilibré en termes de parité de pouvoir d’achat face au dollar et massivement surévalué face à l’euro», ajoutent les experts. «La BNS n’intervient pas pour rendre sa monnaie faible, plutôt pour empêcher une surévaluation massive», soulignent-ils, avant de conclure: «La Suisse ne peut donc pas être considérée comme manipulant sa monnaie.»

L’administration de Trump sera-t-elle sensible à ces arguments? Pas sûr, de l’aveu même d’UBS.

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