«Pas de secrets, parlons franchement»… Sous la plume de son président, le banquier bâlois Georg Krayer, cette phrase ouvre le dernier rapport annuel de l'Association suisse des banquiers (ASB). La transparence est donc à l'honneur dans les plus hautes travées de la banque suisse. Parce que, comme il l'a rappelé en préambule à un séminaire d'information sur la diligence des banques, «la place financière suisse est une des plus propres du monde et elle doit le rester». Pour balayer devant sa porte, l'industrie bancaire suisse n'a pas seulement des idées. Au titre des instruments qu'utilisent ses Mister Proper pour prévenir l'intrusion des blanchisseurs d'argent sale ou de fonds des potentats, la Convention de diligence des banques est un des plus efficaces. Dans sa cinquième édition, elle est certes aujourd'hui complètement assimilée par l'appareillage des banques. Mais cela suffit-il à lutter efficacement contre le blanchiment?

«Nous en sommes au tout début de la lutte contre le blanchiment d'argent sale», plaide Daniel Thelesklaf, responsable au Département fédéral de justice et police du Bureau de communication en matière de blanchiment. Son service, doté d'un nombre de spécialistes qui se comptent sur les doigts d'une main, traite tous les dossiers qui lui sont communiqués, en cas de soupçons fondés, par les banques, les sociétés et les intermédiaires financiers soumis à la loi fédérale sur le blanchiment. Dans son dernier rapport, il a fait notamment état de 370 cas traités en 1999/2000 et de 1,5 milliard de fonds problématiques saisis, dans des banques le plus souvent.

Alors que les représentants de l'ASB et ceux des deux grandes banques, le Compliance Officer de UBS SA, Martin Peter, et le responsable du développement stratégique du Credit Suisse Private Banking, Beat Hubacher, ont souligné comment tous les établissements ont su mettre en place les structures pour identifier les cocontractants et les ayants droit économiques des transactions, Daniel Thelesklaf a fait revenir tout le monde sur terre. «Oui, la lutte contre le blanchiment est difficile!» rappelle-t-il. Parce que ses indices sont invisibles. Parce qu'il n'y a pas de victimes. Parce qu'il faut un délit. Parce qu'il faut respecter des normes pénales. Parce qu'il faut souvent faire avec l'étranger et qu'il n'y a pas d'harmonisation internationale des positions dans la lutte contre ce fléau. Parce que les cas sont techniquement très compliqués et parce qu'il n'y a aucune base économique pour identifier le problème avec cohérence.

Certes, les banques ne tergiversent plus parce que, comme le signale Beat Hubacher, «nous n'avons pas besoin de cet argent et que, sur la totalité des actifs gérés, ce sont des montants marginaux mais très dangereux en termes de risques de réputation». Mais Daniel Thelesklaf voudrait surtout qu'on ne s'arrête pas en si bon chemin. Pour cela, il réclame une meilleure professionnalisation des moyens de défense contre le blanchiment, un renforcement des structures de prévention et, surtout, qu'on «développe une vraie stratégie en matière de lutte contre le blanchiment». Laquelle?

D'abord, il faut définir un arrière-plan économique du blanchiment, c'est-à-dire savoir exactement ce qu'il signifie pour le pays en termes macro et microéconomiques. Il faut aussi une définition précise des conflits d'intérêts potentiels en termes de protection des données. Il réclame encore de savoir jusqu'où on peut aller dans la lutte et quel doit être le niveau correct de collaboration internationale. Enfin, Daniel Thelesklaf estime qu'une stratégie de lutte contre le blanchiment doit inclure la définition des moyens pour l'entreprendre. Une façon sans doute de souligner que ces moyens sont actuellement plus que limités.