Une hausse du chiffre d’affaires de 59%, 600 emplois créés l’an passé et des surfaces de stockage en hausse de 60% dans son centre logistique. Digitec Galaxus a vu sa croissance s’accélérer en 2020, aidé par une pandémie qui a dopé la demande pour les services d’e-commerce. Désormais, la filiale de Migros, qui publiait mardi ses résultats annuels, entend étendre son savoir-faire pour percer de manière significative en Allemagne.

Il y a un an, Digitec Galaxus se félicitait d’avoir franchi le cap du milliard de chiffres d’affaires en 2019, à la faveur d’une croissance de 16% à 1,146 milliard de francs. La hausse a été trois fois plus importante en 2020, avec un chiffre d’affaires approchant des 2 milliards, à 1,826 milliard. L’entreprise, qui ne communique pas son résultat net, affirme que sa croissance a été sensiblement plus forte dans certains domaines. Sur le plan régional, d’abord, avec des ventes en hausse de plus de 90% dans les cantons de Genève, du Valais et du Tessin. Certains pans de son assortiment ont aussi été particulièrement demandés, avec davantage qu’un doublement des ventes pour les articles liés au bricolage, aux bébés, à la beauté, à la santé, au sport et à la cuisine.

Avantage aux gros acteurs

Comment apprécier cette croissance? «Elle est extraordinaire. Gérer une telle croissance pendant une pandémie est une énorme réussite. Néanmoins, le résultat n’est pas tout à fait surprenant. Nous savons déjà que le commerce en ligne en Suisse a augmenté d’environ un tiers en 2020. Depuis des années, les grands détaillants en ligne connaissent une croissance plus rapide que les petits, et Digitec Galaxus ne fait pas exception», affirme Ralf Wölfle, directeur du centre de compétences e-business de la Fachhochschule Nordwestschweiz et auteur d’études sur l’e-commerce.

Il y a donc une prime aux plus grands acteurs. Mais Digitec Galaxus a des atouts propres, estime Thomas Lang, responsable de Carpathia, société spécialisée dans l’étude de l’e-commerce: «Il est clair que la création d’une communauté en ligne est très importante. Les clients donnent des conseils, écrivent de nombreux commentaires et des évaluations. Chez Digitec Galaxus, les données et la présentation des produits ainsi que la convivialité du magasin sont également à la pointe du progrès.»

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L’importance de la communauté

Un avis que partage Ralf Wölfle. «La marque jouit d’une confiance élevée, ce qui est particulièrement important en temps de crise, estime le professeur. L’entreprise est omniprésente par la publicité. Les clients ont très souvent leur mot à dire via une communauté, ce qui accroît la proximité avec l’entreprise. Digitec Galaxus a su maintenir une organisation agile malgré sa croissance rapide, ce qui se traduit par beaucoup d’innovation et la capacité de s’adapter rapidement à des situations changeantes.»

L’entreprise a donné des pistes pour la suite. En Suisse d’abord, avec un nouveau centre logistique à Utzenstorf, dans le canton de Berne, qui devrait accueillir 450 postes de travail en été 2023. A l’étranger, aussi. «Les affaires de Galaxus Deutschland ont été très encourageantes, affirme la société. La filiale allemande a dépassé toutes les attentes et acquis son 300 000e client.» Galaxus.de va «considérablement» élargir son assortiment de produits cette année, affirme l’entreprise. Digitec Galaxus ne donne pas d’autres chiffres ou information pour ses activités en Allemagne.

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«Dépasser Amazon»

Mais son directeur, Florian Teuteberg, est ambitieux. Fin décembre, il affirmait dans la Neue Zürcher Zeitung vouloir être dans le top cinq des acteurs de l’e-commerce en Allemagne. Avant ensuite d’attaquer d’autres pays. «Nous avons une chance de dépasser Amazon en Europe», lançait Florian Teuteberg.

Que penser de ces objectifs? «C’est toujours bien d’avoir de l’ambition. Cependant, Amazon réalise un chiffre d’affaires de plus de 20 milliards d’euros rien qu’en Allemagne, y compris les activités de marché avec des tiers, alors que les activités de Galaxus ne pèsent probablement qu’environ 30 millions d’euros. Je suppose qu’Amazon ne tremble pas encore…» répond Thomas Lang. Selon Carpathia, Digitec Galaxus devance par contre Amazon en Suisse, dont les ventes étaient estimées à 700 millions de francs en 2019.

De son côté, Ralf Wölfle est plus optimiste. «Digitec Galaxus dispose d’une infrastructure informatique excellente et moderne et est soutenue par Migros, ce qui a rendu possible son expansion hors de Suisse. Digitec Galaxus, avec son contenu et son approche communautaire, pourrait être une alternative à Amazon en Allemagne. D’autant que la filiale allemande du groupe suisse bénéficie largement des synergies et des services déjà fournis pour le marché helvétique.»

Migros présent en Allemagne

A noter que Migros, de son côté, avait revendu en 2013 au spécialiste allemand de la distribution Rewe ses quatre magasins dirigés par sa coopérative régionale de Bâle. En parallèle, Migros s’était emparé du groupe allemand Tegut, qui possède des supermarchés notamment dans les Länder de Hesse, de Thuringe et de Bavière.


Alibaba nationalisé?

Jack Ma n’est toujours pas réapparu. Le fondateur et directeur d’Alibaba, le pendant chinois d’Amazon, n’a pas été vu publiquement depuis novembre, laissant de nombreux observateurs penser qu’il a été rappelé à l’ordre par Pékin, qui craint notamment qu’il ne prenne trop de lumière. En parallèle, certains médias font état d’une possible nationalisation d’Alibaba. Ant, la filiale financière du groupe, qui avait récemment vu son entrée en bourse annulée, serait aussi concernée par cette opération.

Pour l’heure, il ne s’agit que de rumeurs, la situation étant particulièrement opaque en Chine. Jack Ma avait pu froisser le régime en critiquant publiquement les régulateurs financiers de son pays quelques jours avant l’entrée en bourse d’Ant Group. En décembre, Pékin annonçait une enquête anti-monopole contre Alibaba, fondé par Jack Ma en 1999 et devenu depuis le plus grand groupe d’Asie après son rival et compatriote Tencent. Pékin voudrait lutter contre les tendances monopolistiques des groupes privés comme Alibaba, dont les services sont utilisés par des centaines de millions de Chinois. A. S.