Exportations

La Suisse n’échappe pas aux taxes européennes sur l’acier

Les entreprises sidérurgiques suisses demeurent soumises aux restrictions de l’Union européenne sur les importations. Avec toutefois des adaptations de contingents qu’elles jugent salutaires

C’est l’effet Trump. Les taxes sur l’acier importé instaurées par le président américain dans sa guerre commerciale contre Pékin ont suscité suffisamment d’inquiétudes pour que le Seco doive finalement opter pour la grande salle, pour son point de presse vendredi. «Y a pas le feu au lac», a d’emblée lancé Stefan Flückiger, délégué du Conseil fédéral aux accords commerciaux et membre de la direction du Secrétariat d’Etat à l’économie (Seco). Dans l’économie helvétique, l’industrie sidérurgique compte pour 1% des exportations totales, relève-t-il.

Reste que la Suisse n’a pas obtenu d’exemption des droits de douane prélevés par l’Union européenne (UE) sur les importations d’acier, comme elle le souhaitait. La Commission a annoncé vendredi le caractère définitif de ces mesures à compter de ce samedi. Celles-ci avaient été décidées après l’instauration par Donald Trump en mars de taxes douanières sur les importations d’acier chinois. L’UE craignait alors de voir son marché inondé de cet acier bon marché chinois, destiné initialement aux Etats-Unis.

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«La deuxième meilleure option»

La Suisse, qui appelait à être exclue de ces mesures en vertu de son accord de libre-échange avec l’UE, devra se contenter du plan B – «la deuxième meilleure option», selon les termes de Jean-Philippe Kohl de la faîtière des métaux et des machines Swissmem. Autrement dit, des contingents tarifaires spécifiques.

Car contrairement aux mesures de sauvegarde provisoires qui prenaient la forme de contingents globaux, les dispositions définitives, valables jusqu’au 30 juin 2021, prévoient des contingents distincts en fonction des pays de provenance et de la catégorie de produits. Leur taille a été calculée sur la moyenne des importations de la période 2015-2017, avec un ajout de 5%. Dès juillet, ils seront augmentés de 5% par an. Les droits de douane de 25% en cas de dépassement du seuil sont maintenus.

«Cette adaptation est la bienvenue», souligne le Seco. «Dans certaines catégories de produits, principalement les câblages, ou encore les armatures d’acier pour le béton armé, les entreprises sont arrivées aux limites», relève Jean-Philippe Kohl. Ce qui a entraîné la suspension des livraisons vers l’UE en décembre.

Livraisons de produits différées

«Nous avons convenu de dates de livraison après expiration des mesures provisoires, soit début février, tout en poursuivant la production», indique Paolo Berti, chef des ventes chez Swiss Steel. Ce cadre de la filiale de Schmolz + Bickenbach, principale entreprise active dans le secteur de l’acier avec près de 900 employés, ne donnera en revanche aucune indication chiffrée sur le manque à gagner ou d’éventuelles suppressions de postes, renvoyant à la publication des résultats du groupe en mars. «Nous n’avons été que potentiellement affectés pour l’instant», se contente-t-il de répondre.

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L’industriel appelle toutefois à maintenir la pression, en vue d’une possible révision des mesures ce printemps. L’Europe – en particulier l’Allemagne, la France et l’Italie – demeure le principal débouché, représentant la presque totalité des exportations d’acier helvétiques (95%, soit 915000 tonnes), tandis que 98% de l’acier importé en Suisse – soit 2297000 tonnes – provient du Vieux-Continent. Et Stefan Flückiger de souligner «l’absurdité de devoir subir les conséquences des décisions de Donald Trump, alors que les Etats-Unis ne représentent que 2% des débouchés pour [notre] industrie sidérurgique».

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