Etude

La Suisse n’est pas un nain en matière de gestion d’actifs

Selon la Swiss Fund and Asset Management Association (Sfama), plus de 2000 milliards de francs sont gérés à partir de notre pays sous la forme de mandats discrétionnaires ou via des fonds. L’accès au marché européen reste le talon d’Achille de la branche

Quelle est l’importance réelle de la gestion d’actifs au sein de la place financière suisse? Pour mieux cerner les enjeux liés à cette activité, la Swiss Fund and Asset Management Association (Sfama) et le cabinet de conseil Boston Consulting Group (BCG) ont questionné 37 des principaux acteurs de ce secteur dans le pays, incluant des banques, des gérants d’actifs ou de fonds. Les résultats de l’enquête présentée mercredi à Zurich diffèrent des statistiques existantes à ce sujet publiées par la BNS ou les sociétés spécialisées dans le secteur des fonds de placements comme Swiss Fund Data ou Morning Star, a souligné Daniel Kessler, partenaire chez BCG Suisse.

En effet, l’étude s’intéresse avant tout à la question de savoir à partir de quel endroit les actifs sont gérés, plutôt que de prendre en compte le lieu de leur domicile juridique par exemple. En tout, l’étude estime que plus de 2000 milliards sont gérés en Suisse sous la forme de mandats discrétionnaires de gestion de fortune (1240 milliards) et via des placements collectifs de capitaux (1050 milliards).

Plus que la fortune des caisses de pension

Au sein de la première catégorie, les mandats discrétionnaires sont gérés principalement pour le compte d’investisseurs institutionnels et d’entreprises (820 milliards) et de privés (420 milliards). Ce total de 1240 milliards, répartit à hauteur de 69% pour le compte d’investisseurs en Suisse et 31% à l’étranger, dépasse la fortune gérée par les caisses de pension helvétiques, située aux environs de 800 milliards. Quant aux plus de mille milliards de placements collectifs de capitaux, ce montant inclut principalement des fonds de droit suisse (730 milliards) et étranger (320 milliards) gérés à partir de la Suisse.

Notre pays occupe ainsi déjà une position de pointe dans ce domaine, estime la Sfama. En comparaison, la taille du secteur de la gestion d’actifs est estimée à environ 4000 milliards de francs au Royaume-Uni et à 3000 milliards en France. Pour Daniel Kessler, la Suisse dispose d’une bonne position de départ à partir de laquelle elle peut encore croître. Toutefois, il s’agit de mieux promouvoir la place helvétique comme un «hub attrayant pour la gestion d’actifs», par exemple en se concentrant sur certaines niches, recommande le consultant.

Stratégie concertée

Une stratégie mieux concertée au sein de la place financière sera aussi nécessaire aux yeux de Herbert Scheidt, président du conseil d’administration de la banque Vontobel et président désigné de l’Association suisse des banquiers (ASB). «La place financière suisse ne parviendra à faire de la gestion d’actifs un produit d’exportation que si elle parvient à rassembler toutes ses forces au sein d’une seule plateforme», estime l’Allemand qui dirigera l’ASB dès la mi-septembre. La création d’une telle nouvelle plateforme avait été annoncée par la Sfama début avril. Confiant pour ce segment, il évoque la «renaissance» observée dans ce secteur par différents acteurs, présents sur certains segments de niche, à l’exemple du domaine des produits à revenus fixes.

Le marché institutionnel croît plus vite à l’étranger

L’accès aux marchés étrangers reste un aspect prioritaire pour permettre aux gérants d’actifs helvétiques de croître, a souligné de son côté Markus Fuchs, le directeur de la Sfama. Cela d’autant plus que la croissance attendue des volumes des actifs institutionnels est bien supérieure sur le plan mondial (environ 6% par an jusqu’à 2020) qu’en Suisse (moins de 2% par an).

A cet égard, il faut veiller à ce que la réglementation helvétique, notamment la loi sur les services financiers (LSFin) et la loi sur les établissements financiers (LEFin), ne freine pas l’essor de ce secteur, en veillant notamment à ce que les nouvelles règles soient compatibles avec le marché européen.

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