Innovation

La Suisse n'utiliserait pas assez les nouvelles technologies

La Confédération s’associe à IBM et Microsoft pour créer un comité chargé d’accroître la cyberéconomie. Doris Leuthard juge que le retard pris par la Suisse est trop grand

«Un signal d’alarme.» Isabelle Welton, directrice d’IBM Suisse, emploie des mots forts face à la «dégringolade» – ce sont ses termes – de la Suisse au Digital Economy Ranking 2010 établi par The Economist. Lundi à Berne, Doris Leuthard a montré la même inquiétude. «La Suisse baisse du 12e au 19e rang, il est donc temps de modifier nos conditions cadres.» La présidente de la Confédération a présenté hier un nouvel organe, baptisé «eEconomy Board», pour rattraper le retard pris.

Côté infrastructures, aucun souci: la Suisse est suffisamment dotée en ordinateurs et en lignes à haut débit. C’est du côté de leur utilisation que le problème existe, estime Doris Leuthard. «Notre pays se classe au 45e rang mondial concernant le «eGovernment». Dans le secteur «eHealth», les Pays-Bas, la Suède et le Danemark sont devant nous», regrette la conseillère fédérale en charge de l’économie. Selon elle, la Suisse pourrait faire progresser sa croissance via un emploi plus intensif des nouvelles technologies. «Durant les années 90, aux Etats-Unis, mais aussi en Europe, 50% de l’amélioration de la productivité a été permise grâce aux nouvelles technologies», a expliqué Eric Scheidegger, directeur suppléant du Secrétariat à l’économie.

50% de l’amélioration de la productivité a été permise grâce aux nouvelles technologies

Concrètement, le «eEconomy Board», placé sous le patronage de Doris Leuthard, sera composé de six membres, dont Peter Waser, directeur de Microsoft Suisse, Patrick Aebischer, président de l’EPFL ou encore Jürg Bucher, directeur de La Poste. Ce comité, qui est appelé à s’étoffer, se réunira plusieurs fois par année. «Il agira en quelque sorte comme catalyseur, pour faciliter les discussions entre des acteurs d’un même secteur pour faire progresser les choses, poursuit Eric Scheidegger. Cela pourrait être le cas dans le domaine de la santé, mais aussi dans celui de l’édition, car l’on constate des blocages au niveau de la distribution des contenus numériques en Suisse.»

Certains projets ont déjà demarré. Ainsi, Microsoft s’est associé à la Poste pour lancer, en novembre prochain, un site permettant d’apprendre l’utilisation de logiciels, pour faciliter la réinsertion de personnes sans emploi. Des logiciels a priori tous édités par Microsoft... N’y a-t-il pas le risque de voir la firme américaine tenter d’imposer ses programmes dans les projets soutenus? «Non, si des logiciels open source sont aussi jugés performants dans d’autres cadres, ils seront utilisés. La concurrence a lieu», a assuré Doris Leuthard.

De leur côté, IBM et l’Université de Fribourg s’associent pour créer un laboratoire de recherche sur les réseaux sociaux.

Les initiateurs du projet ont été clairs lundi, il ne faut pas attendre d’effets tangibles de ces mesures à court terme. Et le fait d’avoir associé le secteur privé doit améliorer l’efficacité des impulsions données – alors que la plupart des pays européens ont opté pour des initiatives issues uniquement du secteur public.

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