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L'informaticien suisse Manuel Allenspach lors du concours Worldskills à Abu Dhabi, en octobre 2017.
© Michael Zanghellini/SwissSkills/Keystone

Carrières

La Suisse est en panne d’informaticiens

Les offres d’emploi du secteur ont progressé de près de 74% entre 2016 et 2017. Une croissance portée par la cybersécurité. Une menace plane toutefois sur le secteur informatique: la pénurie. Au point que les entreprises s’adressent directement aux écoles

Eric Sinot se présente comme un «guide de montagne informatique». Très actif sur le réseau social LinkedIn, ce conseiller indépendant accompagne les PME romandes dans leurs projets et distille ses conseils dans le domaine de la protection des données. Informations stratégiques dérobées, réseau paralysé, image écornée, les attaques informatiques occasionnent de terribles dégâts. Et les grandes entreprises ne sont plus à l’abri. Dernier exemple en date: Swisscom et le vol de données de 800 000 clients.

Pour répondre à cette menace, les patrons sollicitent toujours plus d’informaticiens. «La plupart des entreprises prennent peu à peu conscience de l’importance d’assurer la sécurité de leurs données informatiques», confirme Eric Sinot, qui enchaîne les mandats depuis cinq ans.

«La demande excède l’offre»

La cybersécurité n’est qu’un pan d’un secteur en pleine expansion. Selon le Swiss Job Market Index, les offres d’emploi dans le domaine de l’informatique ont progressé de près de 74% par rapport à 2016 à l’échelle nationale. Cet indice trimestriel, publié par Adecco, n’est pas le seul à afficher une progression.

L'interview de Nicole Burth, directrice d'Adecco Suisse: «La guerre des talents va s’exacerber»

L’agence de recrutement Michael Page va dans le même sens: le secteur tire clairement la croissance des offres d’emploi avec une hausse de 55% sur un an. Un record, précise la société dans un communiqué diffusé fin janvier.

Depuis quelques années, la prise de conscience s’accélère. La demande pour des experts en sécurité informatique a presque doublé entre janvier 2017 et janvier 2018. Autrefois risque lointain et obscur, les piratages sont désormais une réalité. Plus d’une PME suisse sur trois a déjà été victime d’une cyberattaque, selon une étude de l’institut de recherche gfs-zürich publiée en décembre dernier.

Lire à ce propos: «Les cyberattaques, c’est comme les accidents, on est persuadé que cela n'arrive qu'aux autres»

Problème: le vivier de talents est restreint. «La demande excède l’offre pour les spécialistes – en particulier dans les secteurs IT et ingénierie. Les candidats dotés d’une expertise spécifique de l’industrie concernée, telle que banque, assurance, santé ou secteur industriel, peuvent espérer recevoir de nombreuses offres s’ils possèdent en plus une expérience préalable réussie», explique Charles Franier, directeur exécutif chez Michael Page.

Conséquence logique: les patrons disposent de budgets confortables pour attirer ces experts. Les responsables IT ayant plus de dix ans d’expérience peuvent espérer un salaire annuel de 200 000 francs ou plus. Les spécialistes très recherchés en gestion de programme et cybersécurité, et disposant d’une expérience équivalente, peuvent quant à eux recevoir 160 000 francs.

La fin des «généralistes de l’informatique»

Les profils liés à l’Internet des objets, à l’intelligence artificielle ou encore à la blockchain sont également convoités. En plein essor, ces technologies exigent des compétences pointues. «Avant, il suffisait d’être un généraliste de l’informatique, mais aujourd’hui ce n’est plus adapté à la demande, estime Eric Sinot. Certaines personnes n’ont pas les qualifications pour évoluer dans ce nouveau monde.»

Avant, les entreprises postaient des annonces. Désormais, elles essaient de recruter les étudiants avant même qu’ils ne soient diplômés

Sylvain Pasini, enseignant à la Haute Ecole d’ingénierie et de gestion du canton de Vaud

L’informatique pourrait-elle faire face à une pénurie? «La pénurie est surtout constatée dans les secteurs nouveaux, comme les cryptomonnaies. Tous les professionnels ne sont pas formés aux technologies utilisées par les entreprises, c’est effectivement un problème. Mais le risque n’est pas plus élevé qu’auparavant, cela reste un marché très attractif», nuance Avril Whitworth, spécialiste du marketing numérique à Experis, une entité de l’agence de recrutement Manpower dédiée aux métiers de l’informatique.

Des entrepreneurs portent une grande attention à l’épaisseur du curriculum vitæ des postulants. Une exigence qui n’est plus adaptée aux besoins du secteur. «Ce critère de l’expérience apparaît moins important qu’auparavant en raison de l’évolution rapide des technologies», constate la spécialiste du secteur. Selon elle, l’inadéquation entre l’offre et la demande pourrait s’atténuer dans les prochaines années avec l’arrivée d’une nouvelle génération d’experts.

Des étudiants recrutés à la sortie de l’école

«Il n’existe pas encore de formation dans le domaine récent de l’intelligence artificielle par exemple. Le recrutement est alors élargi au-delà des frontières suisses. Mais le pays s’adapte très bien aux besoins des entreprises, les bonnes méthodologies sont mobilisées pour que les étudiants s’intègrent sur le marché du travail», ajoute Avril Whitworth.

Bientôt titulaire d’un master en informatique à l’EPFL, Christophe Tafani-Dereeper tient un blog sur son domaine d’expertise et participe à des événements locaux comme la conférence Black Alps à Yverdon. Au terme d’une présentation sur un virus, l’étudiant de 22 ans a reçu plusieurs offres d’emploi. Il affiche une grande sérénité: «Une personne qui sort de l’EPFL n’aura pas de mal à trouver un travail.»

Lire aussi: L’EPFL crée un pôle de cybersécurité 

Pour dénicher les nouvelles pépites du secteur, les entreprises s’adressent directement aux écoles. «Avant elles postaient des annonces, désormais elles essaient de recruter les étudiants avant même qu’ils ne soient diplômés. Elles nous téléphonent pour avoir accès aux élèves», raconte Sylvain Pasini, enseignant à la Haute Ecole d’ingénierie et de gestion du canton de Vaud. L’établissement propose une formation qui se veut proche du tissu industriel. Objectif: s’adapter aux évolutions du métier. Depuis 2014, le nombre de diplômés a doublé.

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