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Dans certains pays, les obligations vertes sont utilisées pour lutter contre la déforestation, comme au Brésil. Dans les pays développés, elles servent à des projets de transition énergétique, par exemple.
© REUTERS / RICKEY ROGERS

Dette

La Suisse, parent pauvre des obligations vertes

A l’exception d’une poignée d’entreprises, de banques et du canton de Genève, les émetteurs restent rares dans le pays. Pourtant, la popularité des «green bonds» ne cesse d’augmenter dans le reste du monde

Pendant cette année des 20 ans, «Le Temps» met l’accent sur sept causes emblématiques. La cinquième porte sur «l’économie inclusive». Celle-ci vise à mieux tenir des enjeux écologiques, éthiques et égalitaires.

Nous cherchons des idées, des modèles et des personnalités qui, chacun à leur manière, développent une économie et une finance plus intelligentes, qui contribuent à mieux répartir ce qu'elles génèrent entre toutes les parties concernées.

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A la bourse suisse, l’investisseur dispose d’un vaste choix pour ses placements. Mais, lorsqu’il s’agit d’obligations vertes, le champ des possibilités se resserre nettement: seuls 14 de ces titres sont accessibles. Dont six sont libellés en francs. Le reste l’est en dollars américains, australiens ou canadiens, en euros, en pesos mexicains ou en roubles.

Autant dire que les émetteurs suisses peinent à exploiter ce créneau dans lequel une entreprise ou une entité étatique empruntent de l’argent pour financer un projet «vert». Une formule qui, pourtant, rencontre un succès croissant partout ailleurs. En 2016, près de 100 milliards de dollars avaient été levés par ce biais. L’année 2017 a été encore plus spectaculaire: 155 milliards, d’après la Climate Bond Initiative, dont plus de la moitié représente des émissions réalisées aux Etats-Unis, en Chine et en France. Cette organisation, qui veut mobiliser les marchés financiers contre le changement climatique, estime que ce montant va doubler chaque année et atteindre 1000 milliards d’ici à 2020.

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Helvetia Environnement est la première entreprise à s’être lancée en 2017. Une tentative qui s’est soldée par un «grand succès», d’après Olivier Kobel, responsable du financement d’entreprise et du développement de la société genevoise spécialisée dans le recyclage. Pour ce premier emprunt obligataire – toutes catégories confondues – le groupe a vu les «titres être placés en moins d’une heure et être sursouscrits 1,6 fois», détaille-t-il. Il estime ainsi que s’il fallait renouveler l’expérience, qui a permis de récolter 75 millions de francs, Helvetia Environnement serait en mesure de le faire dans de «meilleures conditions».

«Les investisseurs sont intéressés»

Genève a suivi l’exemple quelques mois plus tard, en automne dernier. Les deux titres émis ont permis de lever 620 millions pour financer des bâtiments à haute performance énergétique. C’est le seul émetteur public à avoir tenté cette expérience en Suisse jusqu’ici. «C’est étonnant, admet Catherine Reichlin, responsable de la recherche financière chez Mirabaud à Genève. Il a fallu dix ans entre le moment où la première agence, EIB, a fait une émission, appelée à l’époque «climatique», pour qu’une collectivité se lance en Suisse.» Les services industriels, notamment, pourraient se pencher sur ce genre de financements. «Il s’agit d’un marché qui doit se restructurer pour moderniser ses installations et réaliser sa transition énergétique. En France, par exemple, plusieurs entreprises utilisent ce canal», poursuit la spécialiste. Qui n’en doute pas: les investisseurs sont intéressés, aussi bien les institutionnels que les clients privés.

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Raison possible de cette lacune, le surcroît de travail qu’impliquent ces nouveaux outils. «Emettre une obligation verte est plus compliqué qu’un emprunt traditionnel, car elle exige une plus grande transparence, poursuit Catherine Reichlin. Les investisseurs doivent savoir exactement à quoi serviront les fonds, et l’émetteur s’engage à faire un reporting de son travail.» A cela s’ajoute encore le coût d’une notation verte, en plus de la notation habituelle de solidité financière, qui n’est pas obligatoire mais peut aider à convaincre les investisseurs de la véritable intention de l’émetteur.

Un marché fragmenté

Guillaume Krepper, analyste spécialisé dans les investissements durables à la banque J. Safra Sarasin, ajoute que «ce type d’obligation est pertinent pour les entreprises ayant une échelle suffisante, une activité ainsi que des projets adaptés et visant des investisseurs domestiques et internationaux». Des paramètres, poursuit-il, qui «ne sont pas forcément réunis pour une bonne partie des entreprises suisses».

Il nuance également l’intérêt possible pour les entreprises de services industriels: «En Suisse, ce marché est relativement fragmenté et peu d’acteurs disposent de l’échelle et des besoins de financement suffisants.» Les obligations vertes vont néanmoins se développer, assure-t-il, au vu du succès de Genève et d’Helvetia Environnement.

«Il faut un certain temps pour préparer ce genre d’obligations et il faut avoir des projets en préparation, mais je pense que cela va se développer», assure Olivier Kobel, citant la Banque cantonale de Zurich, qui vient de s’y mettre, et Credit Suisse qui, pour l’instant, a choisi de le faire à Londres. En attendant, peut-être, de renouveler l’expérience en Suisse.

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