Innovation

«La Suisse pourrait perdre sa place de leader»

L'accélérateur de start-up américain Masschallenge lance ce mercredi son programme en terres helvétiques. 
John Harthorne, son fondateur, dévoile sa perception de l'écosystème d'innovation en Suisse

Masschallenge, c'est 835 start-up soutenues depuis 2009, 6500 emplois créés, 1,1 milliard de dollars de fonds levés et 529 millions de chiffre d’affaires générés. Né à Boston, aux Etats-Unis, puis exporté à Londres et Jérusalem, le plus gros programme d’accélérateur de start-up du monde se déploie aujourd’hui en Suisse et s'installe sur le bassin lémanique. L'aventure débute ce mercredi avec l’ouverture des inscriptions. Chaque année, des milliers de start-up postulent à travers le monde. Seule une centaine est retenue pour suivre, dès le mois de juin, un programme de soutien de quatre mois. Locaux gratuits, formation intensive, coaching professionnel et réseau international d’experts sont mis à disposition. Avec, à terme, un prix d’un million de dollars offert aux jeunes pousses les plus prometteuses. Entretien avec John Harthorne, cofondateur du programme.

Pourquoi avoir choisi la Suisse pour ouvrir une nouvelle antenne de votre accélérateur?

D’abord pour sa situation géographique de choix, en plein milieu du continent européen. Ensuite et surtout pour son excellent écosystème d’innovation. Beaucoup de petites et moyennes entreprises suisses investissent dans ce domaine. Le problème est qu’elles le font de manière interne, sans partager leurs idées, ce qui limite leur champ de développement. Ces entreprises ont aujourd’hui compris que l’innovation demande de plus en plus d’ouverture et de collaboration. Chaque société ou organisation qui veut survivre et performer dans le modèle économique actuel et à venir se doit de collaborer. Et c’est notamment grâce à cela que la Suisse pourra garder sa place de leader dans le secteur de l’innovation.

Cette place est-elle aujourd’hui menacée?

Si elle ne s’ouvre pas, oui, la Suisse pourrait perdre sa place de leader. Elle doit modifier son système d’innovation. Mais je crois qu’elle a toujours su démontrer une capacité à «voir plus loin», et non pas juste à réagir à une situation quand celle-ci se présente. C’est d’ailleurs pour cela que nos partenaires suisses ont fait appel à nous.

Que peut alors apporter Masschallenge à l’écosystème d’innovation suisse?

Il y a trois éléments que notre accélérateur propose et qui font à la fois son originalité et sa qualité. Nous sommes d’abord le plus important accélérateur du monde, nous offrons donc un réseau mondial d’investisseurs et d’innovateurs. Nous sommes aussi le seul accélérateur à ne prendre aucune part dans les start-up que nous soutenons. Et enfin, nous ouvrons notre programme à toutes les entreprises, peu importe leur champ d’action. La plupart des accélérateurs prennent des parts entre 5 et 10% dans les start-up qu’ils soutiennent. Ils sont ainsi davantage intéressés par les projets de software, les applications mobiles par exemple, qui coûtent moins cher en investissement et rapportent plus rapidement de l’argent.

Prenons l'exemple d'une start-up spécialisée dans la pharmaceutique. Pourquoi se tournerait-elle vers un accélérateur aussi généraliste que le vôtre?

Nous avons eu un gros débat, au début de l’aventure Masschallenge, pour savoir s’il fallait se spécialiser dans un domaine ou rester généraliste. Je n’ai jamais regretté d’avoir choisi la seconde option. C’est un meilleur modèle car les start-up peuvent ainsi apprendre les unes des autres. Nos mentors sont aussi très variés et tous spécialistes dans un domaine, pour que les start-up puissent vivre l’expérience de la manière la plus personnalisée qui soit.

Si ce n’est pas la recherche de profit, qu’est-ce qui vous motive?

Nous voulons réimplanter au cœur de la société l’impulsion de la créativité. Notre système économique actuel se concentre sur le gain personnel à court-terme, le profit, plutôt que la résolution des problèmes essentiels. Il faut encourager la création de valeur plutôt que simplement son acquisition. Nous voulons donner plus de pouvoir aux entrepreneurs, ceux qui créent de l’emploi. Et ce en leur offrant toute les ressources et l’expertise dont ils ont besoin pour grandir le plus vite possible.

Comment financez-vous vos programmes?

Essentiellement grâce à des soutiens privés. En Suisse, le fabriquant d’équipements industriels Bühler, le groupe Nestlé, la fondation Inartis et le Swiss Economic Forum sont nos sponsors. Notre modèle fonctionne car ces derniers ont compris que les start-up que nous soutenons, triées sur le volet, possèdent un fort potentiel de création de valeur sur le long-terme. Le secteur privé est donc prêt à payer une petite somme d’argent pour accéder à ce vivier. Nous sommes un facilitateur de contact entre investisseurs et start-up.

Certaines start-up suisses se voient obligées de quitter le territoire en raison d’un manque de financements locaux. Comment votre accélérateur compte-t-il pallier à cela?

Cela prendra du temps. Mais il y a indéniablement des solutions. Nous pouvons amener du capital risque extérieur pour soutenir les start-up locales grâce à notre réseau mondial. Nous comptons également déverrouiller le capital suisse qui est actuellement bloqué dans les marchés immobilier et financier. Il faut avouer que le modèle de financement des start-up présente actuellement des limites. Nous allons devoir innover et révolutionner son fonctionnement.

Y a-t-il une recette miracle pour créer une start-up à succès?

La clé de tout est de s’impliquer dans un projet auquel on tient, de trouver sa passion. Car le processus de développement d’une start-up est extrêmement difficile. Quoi qu’il en soit, la motivation ne doit pas être de devenir riche. Il faut vouloir créer de bonnes choses, pour attirer de bons investisseurs. L’argent viendra ensuite. 

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