Non, l'Organisation mondiale du commerce (OMC) n'est pas en panne, comme son apparent manque d'activités pourrait le laisser penser. «Après avoir réussi fin juillet un accord qui fixe les grandes lignes de négociations du Cycle de Doha, notamment sur l'épineux dossier agricole, la machine est de nouveau en marche», s'est félicité Supachai Panitchpakdi lundi. En point de mire, la sixième conférence ministérielle prévue en décembre 2005 à Hongkong. Objectif: donner une impulsion politique aux négociations. D'ici là, une série de mini-ministérielles informelles seront organisées pour aplanir les différends constatés par les diplomates à Genève.

La première aura lieu sous des auspices suisses dans le cadre du prochain Forum de Davos fin janvier. Environ 25 ministres y seront présents. «Je n'aimerais pas que les membres aillent à Hongkong avec trop de nœuds à démêler», a-t-il expliqué.

Mais ces mini-ministérielles restreintes sont-elles vraiment utiles dans la mesure où de nombreux pays, surtout les plus petits, en sont exclus? «Il ne s'agit que de réunions informelles qui néanmoins fournissent l'occasion de faire le point sur l'état des travaux et d'échanger des idées, se défend le patron de l'OMC. De toute façon, les idées qui y émergent doivent être approuvées par l'ensemble des membres à Genève.» Il rappelle que c'est une réunion informelle en mai dernier à Paris qui a jeté les jalons d'une entente sur le dossier agricole.

L'échéance de 2005 repoussée

Pour Supachai Panitchpakdi, l'accord de juillet reste le principal événement de 2004. Il a surtout effacé l'échec de Cancun, où les ministres n'avaient pas réussi à s'entendre sur un programme de négociations. Les deux prochains mois seront marqués par le double départ du principal négociateur européen, Pascal Lamy, et de son homologue américain, Robert Zoellick. «Certes, l'élan est un peu brisé, mais les membres participent en novembre et en décembre à d'importantes réunions techniques sans lesquelles aucune avancée ne serait possible», a expliqué le patron de l'OMC. Il a estimé que le changement n'aurait pas d'incidence sur le rôle moteur joué par l'Union européenne et par les Etats-Unis à l'OMC.

Une chose est sûre: l'échéance fixée pour la conclusion du Cycle de Doha au début 2005 est tombée depuis longtemps à l'eau. La conférence ministérielle de Hongkong de décembre 2005 ne sera pas non plus une date butoir. «Il ne faut pas avoir de fausses attentes, a averti Supachai Panitchpakdi. Mais en même temps, nous ne devons pas attendre de longues années pour conclure ce cycle.»

Il a par ailleurs confirmé qu'aucune réunion n'avait encore eu lieu sur le dossier du coton. L'accord de juillet prévoit la constitution d'un comité spécial devant étudier les conséquences des subventions publiques à la production cotonnière. Il a promis de faire accélérer les travaux et de faire un premier rapport en janvier. Quatre pays africains réclament la fin des subventions américaines et européennes sur ce produit, estimant que celles-ci sont les principales causes de la surproduction mondiale et des prix dérisoires sur les marchés.

Enfin, Supachai Panitchpakdi a annoncé la présentation d'un rapport en janvier sur les réformes structurelles de l'organisation. Celui-ci est préparé par un comité consultatif à sa demande suite à la conférence de Cancun.